Afin de diversifier une économie reposant exclusivement sur l'exploitation de ses ressources minérales et pétrolières, le Gabon a décidé d'appuyer de manière significative le secteur agricole pour améliorer les revenus et les conditions de vie des populations rurales, assurer une couverture maximum des besoins alimentaires par la production nationale afin de réduire les importations, accroître la contribution de l'agriculture à la formation du PIB et freiner l'exode rural.



Champ de maïs réalisé par les encadreurs de l'APG/Fida.

L'Agriculture gabonaise fait face à un paradoxe. Alors que ses potentialités ne sont plus à démontrer, les importations alimentaires du pays continuent de grimper : 80 milliards de francs CFA en 1996, 100 milliards en 1997, près de 120 milliards en 1998. Ces chiffres posent avec urgence la nécessité d'une profonde réforme de la politique agricole. Agriculture de subsistance avant et pendant la colonisation, aujourd'hui elle est encore loin d'atteindre l'autosuffisance qui éviterait au pays cette "saignée" des capitaux. Les exploitations traditionnelles qui occupent environ 55 000 familles et couvrent à peine 1,1% de l'espace national sont de petites tailles et produisent surtout pour la consommation personnelle, manioc, plantain, ignames, maïs, arachides.

La crise économique qui secoue le Gabon a mis en évidence ces faiblesses de l'agriculture traditionnelle qui intervient insuffisamment dans l'approvisionnement en vivres des populations. Cette déficience s'explique par une carence du système de commercialisation, des méthodes de culture traditionnelles peu efficientes, des techniques culturales et un outillage rudimentaire, une absence totale de système de vulgarisation, un manque d'organisation et d'initiative des producteurs, une inaccessibilité au crédit et à l'approvisionnement pour les petits producteurs.

Afin de diversifier une économie reposant exclusivement sur l'exploitation de ses ressources minérales et pétrolières, le Gabon a décidé d'appuyer de manière significative le secteur agricole pour améliorer les revenus et les conditions de vie des populations rurales, assurer une couverture maximum des besoins alimentaires par la production nationale afin de réduire les importations, accroître la contribution de l'agriculture à la formation du PIB et freiner l'exode rural.

C'est dans ce contexte que le Gouvernement Gabonais et le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) ont signé le 30 mars 1990, un accord de prêt d'un montant de 5,250 milliards de F CFA qui va donner naissance au Projet d'Appui au Paysannat Gabonais.

Le Projet d'Appui au Paysannat Gabonais a pour ambition de concevoir, d'expérimenter et de proposer des solutions à ces différents problèmes qui freinent le développement de l'agriculture villageoise au Gabon et de lancer une dynamique d'encadrement fondée sur l'écoute et la participation des producteurs.

En apportant un appui technique et organisationnel au milieu rural traditionnel, principal pourvoyeur des denrées alimentaires pour les marchés locaux et urbains, le Projet d'Appui au Paysannat Gabonais constitue un des instruments de la mise en œuvre de la nouvelle politique agricole nationale.

Le projet intervient dans 95 villages pilotes répartis dans 3 provinces du Gabon : le Woleu Ntem (45 villages), l'Ogooué Ivindo (30 villages) et l'Estuaire (20 villages).

Il touche dans sa phase actuelle, une population estimée à 45 000 personnes et vise quatre grands objectifs, à savoir :
- Accroître la production agricole en intégrant les paysans dans un dispositif de recherche-action, en vulgarisant du matériel végétal, des itinéraires techniques performants et adaptés en mettant à la disposition des paysans intrants et outillage agricole.
- Améliorer la commercialisation des produits agricoles en organisant la collecte primaire et la concertation entre producteurs et commerçants.
- Faciliter les conditions d'accès au crédit par la promotion de "banques villageoises".
- Améliorer la capacité d'autogestion des villageois et promouvoir des structures associatives capables de prendre en charge et d'assurer la pérennité des différentes actions initiées par le Projet.

Avec ces exploitations individuelles, les importations de tomates sont quasiment réduites.

Paysannes suivant les explications dÕun encadreur APG/FIDA dans une bananeraie.

Promouvoir l'auto développement des communautés rurales

La stratégie du Projet ne se limite pas à une approche technique mais intègre les aspects sociaux en mettant l'accent sur la nécessité de promouvoir l'auto développement des communautés rurales. Elle privilégie la participation et le partenariat aussi bien avec les bénéficiaires directs qu'avec les autres opérateurs du développement. Elle prend en compte les besoins mais aussi les potentialités des bénéficiaires. Ce Projet est le premier de ce type développé au Gabon et de ce fait, certaines de ses activités sont menées à titre expérimental.

Les activités du projet s'articulent autour de cinq composantes :
- production agricole et technologie post-récolte,
- organisation du monde rural et animation féminine,
- commercialisation et crédit,
- suivi et évaluation,
- administration et finances.

Les actions du Projet se traduisent dans chaque village encadré par l'organisation des paysans en association villageoise partenaire du Projet pour réaliser un certain nombre d'activités dont les plus importantes sont les suivantes :
- La construction d'un local abritant une salle de réunion, un magasin agricole et, eventuellement, une "banque villageoise".
- La constitution d'un "fonds villageois de développement".
- L'animation de réunions de vulgarisation et de formation.
- L'encadrement technique des producteurs et productrices pour l'installation des blocs de cultures vivrières, des bananeraies, des vergers, etc…
- La promotion et la diffusion des semences de variétés améliorées et de matériel végétal (rejets de bananiers, cayeux d'ananas, boutures de manioc, de patates, semenceaux d'ignames, etc…).
- La création des groupements de producteurs, des groupements pour l'exploitation d'équipement de transformation.
- L'organisation des collectes de produits agricoles avec des commerçants partenaires, la promotion des groupements de commercialisation, la construction des "centres de groupage".
- L'accès au crédit pour les membres des associations villageoises grâce à la mise en place par le Projet d'un fonds de risque à la Banque Nationale de Crédit Rural.
- La promotion et l'organisation des structures bancaires villageoises de proximité (association de services financiers).
- L'appui à l'aménagement des installations collectives du village, etc…

Initiatives individuelles de cultures maraîchères dans la province du Woleu Ntem (Nord).

Bananeraie villageoise sous le contrôle de l'APG/FIDA.


Résultats

Dans la composante production agricole, l'encadrement technique a davantage porté sur la mise en place des bananeraies, des blocs de culture (arachides, manioc, etc…) ainsi que sur la diffusion des semences sélectionnées. S'agissant de la culture de la banane, la superficie totale encadrée par le Projet en quatre ans est de 1 134 ha pour 1 655 bénéficiaires soit une superficie moyenne par bananeraie de 0,68 ha et une production estimée entre 30 et 35 000 tonnes.

En blocs de culture, la superficie totale encadrée par le Projet en quatre ans est de 1 368 hectares pour 4 655 bénéficiaires, soit une superficie moyenne par exploitation de 0,3 ha et une production estimée à près de 900 tonnes d'arachides et 10 000 tonnes de manioc.

En diffusion des semences, le Projet a mis à la disposition des paysans des zones d'interventions des semences performantes et plus productives : 42 260 kg d'arachides, 9 680 kg de maïs, 657 510 rejets de bananiers et 12 080 plants d'arbres fruitiers pour un nombre total de bénéficiaires de 10 517 personnes.

Le Projet a, en outre procédé à la mise en place, en milieu paysan, de 20 magasins agricoles qui permettent aux agriculteurs encadrés de se ravitailler sur place en outils et intrants agricoles. Il a par ailleurs, dans le domaine de la technologie post récolte et de la transformation locale des produits, diffusé 22 presses à canne à sucre, 67 moulins à arachides, 14 moulins manuels à maïs cytram, 7 fumoirs à poissons et 18 presses à briques.


Deux unités familiales de transformation d'ananas en confiture ont, dans le même ordre d'idée, été initiées dans les villages Belleville et Abang Medounmou dans le Woleu-Ntem.

Pour la composante commer-cialisation et crédit, le programme de commercialisation des produits agricoles démarré en 1996 se poursuit. Plusieurs groupements de commercialisation se sont constitués et les contrats initiés par le Projet et signés avec les commerçants collecteurs ont permis de commercialiser de 1995 à 1998 un total de 733 565 kg de produits agricoles en provenance des zones d'interventions du Projet.

Les efforts du Projet sont actuel-lement consacrés à la consolidation de ces 40 associations villageoises. Au terme de ce processus de consolidation, ces associations devront être capables de gérer leur structure, d'organiser les activités économiques et sociales de leur village et de trouver des solutions pour la commercialisation de leurs productions.

Perspectives

En 1998, le Gabon et le FIDA se sont concertés pour décider de la suite à donner au Projet d'Appui au Paysannat Gabonais dans le cadre d'une seconde phase. Au cours de ces concertations, le Gouvernement gabonais a informé le FIDA de son souhait de poursuivre la coopération avec cet organisme en matière de développement rural. En conséquence, les deux parties ont convenu d'instruire et d'examiner la possibilité de financement de la deuxième phase du Projet d'Appui au Paysannat Gabonais.

C'est ainsi qu'en octobre 1998, une mission d'évaluation intermédiaire a été exécutée par le bureau d'évaluation et des études du FIDA dans le but d'évaluer les résultats du Projet, la pertinence des objectifs, l'adéquation des actions menées, l'efficacité des méthodes, etc… et d'en tirer les enseignements pour une poursuite éventuelle des interventions du FIDA au Gabon.
…Une augmentation de la production agricole,
un accès des paysans au crédit et l'amorce
d'une importante mobilisation des villageois
dans la prise en charge de leur destinée…

Le rapport de cette mission fait état des résultats très encourageants constatés sur le terrain malgré quelques difficultés observées dans la mise en œuvre du Projet dont le démarrage effectif des activités n'a pu se faire que quatre ans après la signature de l'accord de prêt. Le rapport note également l'aspect pionnier du Projet et l'absence d'autres structures sur lesquelles il aurait pu s'appuyer aussi bien en amont qu'en aval de ces activités.

Les actions menées par le Projet en direction du monde paysan ont, précise le rapport, permis une augmentation considérable de la production agricole, un accès des paysans au crédit et l'amorce d'une importante mobilisation des villageois dans la prise en charge progressive de leur destinée.

En guise de conclusion, il ressort de cette mission d'évaluation inter-médiaire que cinq années d'exécution du Projet sont insuffisantes pour obtenir des résultats déterminants pouvant justifier l'arrêt du Projet au stade actuel. D'où la nécessité d'une seconde phase qui permettrait d'approfondir les actions du Projet, de consolider celles qui ont le plus porté et de réorienter les autres.

Autres structures


Outre ce Projet, le gouvernement s'est attelé à mettre en place des structures telles qu'AGRIPOG et, récemment, l'Institut Gabonais d'Appui au Développement (IGAD).

Ainsi, trente sept ans après l'indépendance, l'agriculture commence à acquérir ses lettres de noblesse. Reste à mettre un point final à l'exode rural source du déclin de l'agriculture dans les années 70.

L'élevage

L'élevage connait un démarrage difficile.

Trois ranches gérés par la SOGADEL totalisent un effectif de 20 210 têtes de bétail contre 21 261 têtes en 1997, soit une baisse de 4%. Cette évolution baissière s'explique par les difficultés financières que connaît aujourd'hui l'opérateur et qui se traduisent par une hausse du taux de mortalité du bétail qui se situe entre 5 et 6%. Le taux de natalité avoisine les 28% alors qu'il devrait se situer au-dessus de 60%.