Allocution de M. le Ministre de l'Education Nationale, Porte Parole du Gouvernement de la République Gabonaise, à la trente et unième session de la Conférence Générale de l'Unesco.
- Paris, 15 octobre - 3 novembre 2001 -

 

 
   

 


André MBA-OBAME

 

Monsieur le Président de la Conférence Générale
Je voudrais tout d'abord, au nom du Gabon, vous adresser mes vives félicitations pour le choix porté par la Conférence Générale sur votre personne et donc sur la République Islamique d'Iran votre pays. Votre brillante élection et votre longue expérience de l'Organisation, sont pour nous, le gage d'un succès assuré de la direction de nos travaux au cours de la présente session.

Madame la Présidente du Conseil Exécutif,
Permettez-moi de joindre mes compliments à ceux qui vous ont déjà été adressés et que vous méritez amplement ; compliments qui tous, soulignent l'excellence du travail du Conseil tout au long de votre mandat.


Monsieur le Directeur Général,
Votre brillante élection il y a deux ans à la tête de notre Organisation était un gage d'assurance, car, nous savions que vous feriez bénéficier l'Unesco de la richesse de votre longue et grande carrière diplomatique.
En effet, vous avez su avec perspicacité, justesse et tact, mener le processus de réformes administratives que vous avez engagé, notamment la décentralisation. Dans ce cadre, notre pays s'honore d'abriter un bureau sous-régional.
Je voudrais au nom des plus hautes autorités de mon pays, le Gabon, vous adresser nos remerciements et nos vives félicitations pour le travail accompli.

Monsieur le Président, Honorables Délégués,
Les derniers événements survenus dans le monde ne sauraient nous laisser indifférents et nous interpellent en tant que citoyens du monde et davantage en notre qualité d'éducateurs. Ces événements réaffirment la place prépondérante de la paix et de la culture de la paix dans nos systèmes d'éducation conformément à l'acte constitutif de notre organisation.

  • La paix, parce qu'elle est l'une des valeurs les plus chères à l'être humain.
  • La paix, parce qu'elle est le gage de tout développement.
  • La paix, parce qu'elle est le socle d'une démocratie véritable.

Pour avoir toujours prôné le dialogue, la tolérance et la paix ; pour avoir souvent offert ses bons offices et sa médiation dans la recherche des solutions aux conflits qui déchirent depuis des nombreuses années, notre sous région d'Afrique centrale et d'autres pays du continent, le Gabon par son Président Hadj Omar Bongo, encourage l'Unesco à poursuivre ses efforts de promotion de la paix et de la culture de la paix.

C'est dans cet esprit qu'il est important que tous les Etats membres s'engagent résolument dans le combat contre : la pauvreté, l'exclusion, l'injustice, les inégalités, le racisme qui sont autant de maux qui compromettent lourdement la paix dans le monde.

Le thème et les résolutions de la récente Conférence Internationale de l'Education de Genève : "apprendre à vivre ensemble", devraient nous encourager à entrer dans une nouvelle ère qui se veut, de réflexion collective, tournée vers une paix partagée et une compréhension active entre tous, susceptible d'humaniser la mondialisation au profit de la vie, de la dignité de l'être humain et de l'inter culturalité.

Dans cette perspective, le Gabon, mon pays organisera l'an prochain, en collaboration avec l'Unesco, une Conférence Internationale sur le dialogue interculturel et la culture de la paix en Afrique centrale et dans la région des grands lacs.

Monsieur le Directeur Général, Distingués Délégués,
Le Gabon se réjouit de l’orientation donnée à notre Conférence et se félicite de la pertinence des thèmes transversaux retenus, à savoir : l’élimination de la pauvreté et la contribution des technologies de l’information et de la communication au développement de l’éducation, de la science, et de la culture.
Ces thèmes donnent une orientation dynamique à nos programmes dont nous souhaitons que les résultats soient à la hauteur de nos espérances, surtout pour l’Afrique dont la majorité des Etats membres restent confrontés à de nombreuses difficultés parmi lesquelles le chômage, la pauvreté, l’analphabétisme, l’endettement, les maladies endémiques dont le Sida et le Paludisme, le trafic des enfants et le phénomène des enfants de la rue.
Aussi est-il indispensable que l’Unesco continue d’encourager les Etats membres à définir et à mettre en œuvre des politiques audacieuses en matière d’éducation et de formation, qui prennent en compte les préoccu-pations de nos systèmes éducatif.

Monsieur le Président, Distingués Délégués,
Le Gabon qui appuie totalement le plan d'action du suivi de Dakar, s'est engagé dans une politique de réformes profondes de son système éducatif.

Pour ce faire, au plan structurel, on citera parmi les nombreuses mesures prises :

  • la généralisation de l'enseignement pré-primaire sur l'ensemble du territoire, ouvert aux enfants de 3 à 5 ans, aux fins de mieux les préparer à entrer dans le cycle primaire avec de meilleures dispositions et dans des conditions optimales de réussite ;
  • l'optimisation des moyens d'éducation par la rationalisation de la gestion des ressources tant infra structurelles qu'humaines.

Ce programme étalé sur trois ans nous a permis d'augmenter de manière significative les capacités d'accueil à l'entrée du cycle secondaire, passant de 33% à 66% des candidats au concours d'entrée en 6ème.

Dans un souci d'égalité de chances en matière d'éducation, le Gabon a amorcé une politique de gratuité du manuel scolaire par la distribution depuis deux ans de livres et guides pédagogiques dans les disciplines fondamentales.

Plus de 900 000 livres et guides pédagogiques ont été distribués aux élèves et aux enseignants des établis-sements scolaires primaire et secondaire du secteur public.

Dans le domaine pédagogique, la réforme curriculaire initiée tant dans le primaire que dans le secondaire général, avec, notamment, l'approche modulaire par compétences, permettra l'adaptation de nos programmes et contenus d'enseignement au contexte, ainsi qu'aux besoins du marché de l'emploi.

Par ailleurs, au moment où nous prônons l'excellence, il est important que nous préparions nos jeunes à la maîtrise des nouvelles technologies.

C'est dans cette optique qu'un programme d'inté-gration de l'outil informatique dans les établissements scolaires a été conçu et l'expérimentation a déjà démarré dans 25 des cents établissements secondaires publics du pays, grâce aux 600 ordinateurs et imprimantes gracieusement mis à la disposition du système éducatif par le Président de la République, son Excellence El Hadj Omar Bongo.

L'objectif à terme est de couvrir les niveaux primaires et secondaires publics du pays. Une dotation de même nature a été également faite à l'endroit de tous les enseignants du secteur universitaire.

Monsieur le Président, Honorables Délégués,
Notre système éducatif est encore confronté à des problèmes spécifiques qui ont un impact négatif sur son rendement. Il s'agit notamment de l'Education des filles et de la santé de l'enfant.
S'agissant de la santé de l'enfant, il convient de souligner que c'est aussi, un facteur déterminant dans la réussite scolaire.

C'est pourquoi, le Gabon, conformément aux engagements internationaux pris en matière de lutte contre la pandémie du Sida, a fixé comme priorité dès cette rentrée académique, le développement en milieu scolaire, de la prévention et de l’éducation en matière de santé, particulièrement le VIH SIDA.
A cet effet nous mettons en place, dans tous les établissements scolaires du primaire et du secondaire, des cellules anti Sida qui seront les relais des actions du Programme National de la Lutte contre le Sida (PNLS).
S’agissant de l’éducation des filles, il importe de souligner que l’égal accès à l’école entre garçons et filles est acquis. Dans le primaire les taux de scolarisation sont respectivement de 50,42% de garçons et 49,58% de filles. Dans le premier cycle secondaire ces taux sont de 51,32% pour les garçons et 48,68% pour les filles. Cependant une forte déperdition est enregistrée au niveau de la scolarité des filles dès la fin du cycle primaire (23% en 1999). Par ailleurs, très peu de filles optent pour des études scienfifiques (environ 10%).
Le Gabon, notre pays, a donc pris conscience de la nécessité d’une réelle prise en compte de l’éducation des filles. Un cadre institutionnel est mis en place dès cette année scolaire en vue d’encadrer des actions spécifiques de promotion de l’éducation des filles.
Les réformes éducatives ainsi amorcées, trouvent leur prolongement au niveau de l’enseignement supérieur dans la priorité accordée à la recherche-développement, qui se veut adaptée à nos réalités nationales, dans les sciences exactes comme dans les sciences humaines.
L’orientation actuelle de nos pôles d’enseignement et de recherches universitaires visent le rapprochement de nos institutions universitaires avec le milieu socio économique.


Monsieur le Président, Distingués Délégués,
Le Gabon qui traverse depuis quelques années une grave crise économique et financière a initié avec le concours des institutions financières internationales, d'importantes réformes visant la bonne gouvernance et l'efficacité de la dépense. C'est cette nouvelle donne qui a rendu possible, entre autres, de nombreuses réalisations évoquées plus haut, dans le secteur éducatif, et ce malgré la raréfaction des ressources budgétaires, découlant principalement de la trop grande part du service de la dette dans le budget de notre pays, près de 50%.

Cette situation intenable est encore aggravée par le fait que le Gabon, seul Etat d'Afrique Noire à être encore classé dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire, n'est pas éligible au programme des pays très endettés.

Dans ces conditions, le Gabon sera bientôt confronté à un choix cornélien : payer la dette ou éduquer et soigner sa population.


Mesdames, Messieurs, Distingués Délégués,
La tonalité résolument prospective du projet de programme qui nous est soumis a également appelé notre attention, sur les questions environnementales et la diversité culturelle. Ainsi le Gabon appuie le projet de déclaration sur la diversité culture proposée à la Conférence Générale.

S'agissant d'autres aspects de la culture, le Gabon pays pluri-ethniques, siège du Centre International des Civilisations Bantu, se réjouit de l'importance accordée sous ses différentes formes, au dialogue inter-culturel, gage d'une meilleure compréhension entre les peuples.

Dans ce sens, notre pays organisera l'année prochaine, le Festival International de la Mode Africaine (FIMA). Par cette rencontre le Gabon, notre pays, voudrait offrir à la communauté internationale un espace de dialogue inter intra-culturel où s'effaceront la couleur, la race, la religion, et où s'exprimera pleinement le génie de la créativité universelle.

Toute cette activité, témoigne de notre volonté et de notre ferme détermination à conjuguer nos efforts avec ceux de la communauté internationale, pour que nous ayons plus que par le passé, des objectifs communs dans un monde où la pauvreté, la maladie, l'ignorance, et plus grave encore, le terrorisme, n'auront pas besoin de passeport ou de visa.

C'est, me semble-t-il, la claire conscience de ces impératifs qui, en ouvrant les cœurs des uns aux autres nous rapprochera davantage dans nos différences et nos spécificités, et nous enseignera au contact d'autrui, parce que nous aurons appris à le connaître mieux, ou moins mal, à le comprendre, à le tolérer, à l'accepter, enfin, de partager les solutions autant que les problèmes. Parce que nous aurons appris et choisi, d'exprimer notre liberté essentielle : Vivre Ensemble.

Je vous remercie.
André Mba Obame
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