Après la phase d'expansion économique considérable qu'a connu le Gabon du fait du développement pétrolier et minier, qui a profité essentiellement aux aménagements urbains, aux grandes infrastructures de transport, et au développement d'un important secteur tertiaire public et privé, est intervenue une période de réajustement.

La chute des cours des produits, les coûts artificiellement gonflés des facteurs de production, l'afflux d'immigrants étrangers ou en provenance des zones rurales délaissées, puis la dévaluation du Franc CFA en Janvier 1994, ont entraîné une baisse du pouvoir d'achat, et l'accroissement d'une population de chômeurs urbains.

L'urbanisation accélérée de Libreville (27.000 habitants en 1960, 70.000 en 1970, +/- 200.000 en 1980, 420.000 en 1993)1, le niveau élevé des revenus, et l'évolution des habitudes alimentaires liée à cette urbanisation (accroissement de la part des céréales, fruits et légumes, viandes, laitages dans l'alimentation au détriment des tubercules) se sont traduits par une progression considérable des importations alimentaires.

Selon les statistiques douanières, les importations alimentaires hors boissons représentaient, en 1994, 57 milliards de Fcfa, dont 40 milliards pour Libreville et représenteraient environ 126 milliards en 2000.

Parallèlement s'observait un déclin des productions agricoles nationales dû à diverses causes, dont l'exode rural et le vieillissement villageois, les difficultés de transport, les coûts élevés de la main d'œuvre.



La Province de l'Estuaire : Etat des lieux

1 - Sources RPGH 1960 et 1993 et données intermédiaires.

2- Marchés Tropicaux et Méditerranéens
Numéro spécial Gabon 4ème Trimestre 1996.

Gabon (source MT & M)2

Province de l'Estuaire - carte routière
La province de l'Estuaire située à l'Ouest du Gabon est séparée en deux parties par l'estuaire du Komo, la partie nord regroupe l'essentiel de la population et les infrastructures routières et urbaines ; la partie sud est pratiquement inoccupée.

L'axe principal Libreville/Kango (RN 1) concentre de part et d'autre de la route la majorité des exploi-tations agricoles. Le reste est situé le long des axes secondaires N'toum/ Donguila au sud, N'toum/Cocobeach au nord et la route du nord-ouest vers Médouneu.

Evolution de la population du Gabon et de Libreville

Le fort développement qu'a connu le Gabon et particulièrement Libreville avec le boom pétrolier a constitué le facteur principal de grands flux migratoires vers la capitale. La carte ci-dessous présente les différents flux de migration vers Libreville, depuis l'intérieur du pays, mais également depuis l'étranger.

Les grands flux migratoire vers Libreville (source MT & M)

A l'horizon 2020, dans 23 ans, la population de Libreville devrait se situer dans la fourchette de 0,9 à 1,2 millions d'habitants, soit 2,1 à 2,8 fois celle de 1993.

Sur base d'une hypothèse moyenne réaliste (croissance démographique annuelle comprise entre 3 et 4%), la population de Libreville atteindra donc 1 million d'habitants vers 2020.


Tab 1 - Evolution de la population en fonction de différents taux de croissance.
  1993 2000 2010 2020
Gabon . . . .
(2,4%/an) 1 014 976 1 197 823 1 518 422 1 924 828
Libreville . . . .
3%/an 419 596 516 050 693 528 932 044
4%/an 419 596 552 160 817 331 1 209 850
Lbv/Gabon (%) . . . .
3%/an 41,3% 43,1% 45,7% 48,4%
4%/an 41,3% 46,1% 53,8% 62,8%

L'approvisionnement alimentaire de Libreville


L'essor rapide de la population urbaine de Libreville et la forte augmentation de la demande alimentaire qui en résulte induisent une forte croissance des importations agricoles en provenance de pays tiers.

Le tableau ci-après présente une évaluation des besoins alimentaires de la capitale avec 1994 comme année de référence et une projection de la consommation lorsque la ville atteindra le million d'habitants. La colonne Ò% EstuaireÓ représente la part de la production de la province destinée à l'approvisionnement de Libreville, à l'année de référence 1994. La colonne facteur multi-plicatif est établie en tenant compte de l'évolution de la démographie et des habitudes alimentaires.

Ce tableau montre que la part globale d'approvisionnement de Libreville par la Province de l'Estuaire est estimée aujourd'hui, à 7% du volume total, mais que sa contribution représente 96% pour les œufs, 42% pour le poisson, 25% pour les légumes et 18% pour les fruits.

Tab 2 - Consommation de Libreville et approvisionnement par l'Estuaire3
Type de produits Consommation 420 000 hab % Estuaire Consommation 1 million hab Facteur multiplicatif 2,4
Blés et farines 34 000 . 90 000 2,7
Riz 22 000 . 60 000 2,7
Sucre 6 000 . 16 000 2,7
Tubercules 40 000 5 65 000 1,6
Plantain 25 000 4 50 000 2,0
Huiles et corps gras 6 000 . 14 000 2,3
Légumes 12 000 25 35 000 2,9
Fruits 8 000 18 22 000 2,7
Total produits végétaux 153 000 4 352 000 2,3
Viandes et abats 20 000 3 55 000 2,8
Produits laitiers 4 000   12 000 4,0
Îufs 1 300 96 4 000 3,1
Poisson 12 000 42 31 000 2,6
Total produits animaux 37 300 18 102 000 2,7
Total général 190 300 7 454 200 .


Dans une optique de développement agricole et de sécurisation alimentaire de Libreville, l'analyse se concentre sur les seules denrées productibles localement, en tenant compte de la persistance de flux d'approvisionnement spécifique à partir de l'intérieur du pays et des importations en fonction des avantages compétitifs dont ils disposent.

Les produits à développer sont respectivement les fruits et légumes (+ 13 600 tonnes), les vivriers tradi-tionnels (+ 9 000 t), les viandes à cycle court (+ 2 000 t), les œufs (+ 2 200 t), et le poisson (+ 3 000 t). L'occupation de l'espace dans l'Etuaire4

Le milieu rural

En milieu rural, le regroupement, imposé par l'Etat, des villages le long des routes détermine une occupation linéaire pratiquement continue en une bande de 2 à 4 km de largeur, au-delà de laquelle domine la forêt.

Habitat et espace de production agricole en périphérie des routes



Les travaux réalisés sur une imagerie radar et satellite Landsat font apparaître clairement les surfaces équipées ou bâties. En revanche, la limite des jardins de case et des cultures à temps de jachère raccourci, généralement à proximité de la route, n'est pas délimitable avec une grande fiabilité sur ce type de support.

Les espaces soumis à cultures itinérantes traditionnelles associées à des jachères de plus ou moins longue durée

L'ensemble se distingue assez bien des forêts âgées sur les images satellites exploitables.

L'examen de clichés d'une couverture aérienne partielle récente (1997) prise sur l'axe Melen-N'toum montre bien un paysage classique et complexe qui comprend des cultures et jachères récentes, des jachères d'âges variables (certaines pouvant être qualifiées de forêts secondaires), des reliques forestières dispersées. Le pourcentage relatif de ces composantes est très variable, la proximité de la route donnant un paysage de jachères très peu boisées. La comparaison entre image satellite Landsat (1989) et les cartes au 1/50 000 (information 1957 à 1974) ne met pas en évidence de changements très notables de la localisation de ce type d'espace. Une certaine dynamique peut être constatée par l'accroissement des surfaces soumises au défrichement par rapport aux forêts de la situation ancienne (axe Nkok - N'Toum - Kango) tandis que l'axe N'Toum - Coco Beach paraît avoir peu évolué, voire régressé dans le tronçon Nkok - Coco Beach.

La problematique foncière

L'analyse de la situation actuelle conduit à distinguer 4 zones :

Libreville et sa périphérie immédiate où domine la propriété privée, même très partiellement régularisée sur le plan administratif ; deux zones rurales de bord de routes où les systèmes fonciers traditionnels prévalent mais peuvent être plus ou moins "mités" de foncier moderne selon le niveau de densité d'occu-pation humaine, avec apparition de situations conflictuelles dans les zones les plus denses en dépit d'importantes réserves de terres ; et une zone de domaine forestier. Hormis le cas de la capitale où la notion d'appropriation privée est entrée dans les mœurs, l'ingérence du moderne dans le traditionnel est le plus souvent source de conflits en milieu rural où la légalité est perçue comme secondaire par rapport à la légitimité.

La frange routière dense allant approximativement de Bikélé à Kango sur la RN1 et de Donguila à Ayéné Fala sur l'axe nord-sud. On y observe une extrême diversité de situations et droits en matière defoncier. S'il existe un certain nombre de cas de propriété privée et d'instal-lations durables de migrants, la forte densité d'occupation et l'insertion dans une économie de marché n'ont cependant pas remis en question le fait de l'antériorité Fang et la légitimité qui s'y rapporte.


La légalité est perçue comme relativement secondaire par rapport au droit coutumier, d'où une large palette de situations selon les relations des partenaires et les formes de légitimation d'installation, depuis la simple occupation temporaire et révocable jusqu'à la sédentarisation après mise en œuvre d'une procédure de régularisation. S'il n'y a pas, en principe, de vente de terre (qui, selon la loi, appartient à l'Etat), il peut néanmoins y avoir légalisation d'occupation, mais légalité n'exclut pas légitimité. En d'autres termes, l'octroi d'un terrain ne sera entériné par les populations détentrices du droit traditionnel que sous réserve de certaines obligations à l'égard du village d'accueil. Le non respect de ces coutumes conduit en général à une marginalisation des occupants, voire à des situations conflictuelles, même si des procédures de léga-lisation ont été engagées.

Les franges routières moins denses, au-delà d'Ayéné Fala sur l'axe N-S et de Kango sur la RN1, où l'on observe une plus grande homogénéité ethnique (Fang au nord, Bapunu au sud), et une moindre pression foncière en raison de l'éloi-gnement de Libreville. C'est la logique traditionnelle qui prévaut, et l'accueil de migrants est encore possible sans contrainte majeure sous réserve, là encore, du respect des obligations coutumières. Il est néanmoins probable que la zone proche de Kango verra rapidement sa situation évoluer dans le sens de la zone 2.

Les zones forestières
, pour lesquelles une modification de la législation est en cours d'établis-sement, avec pour but une gestion durable du couvert forestier, qu'il s'agisse du domaine forestier permanent de l'Etat (forêts classées et forêts domaniales productives) ou du domaine forestier rural délimité sur le territoire des communautés villageoises et géré avec la partici-pation des collectivités concernées.

D'une manière générale, le régime foncier est marqué par un historique spécifiquement forestier. La collectivité première occupante est détentrice d'un espace territorial de forêt dans lequel la terre n'est qu'accessoirement perçue comme espace de production agricole, à des fins d'autoconsommation pour l'essentiel.

D'où l'acceptation, toujours révocable, d'allochtones pratiquant le même type de mise en valeur temporaire que les populations originelles, mais la distanciation, voire le rejet, à l'égard de formes d'occupation ou d'exploitation non conformes à la tradition sont observées.

L'impact de l'institut gabonais d'appui au développement (IGAD)

Créé en juin 1992 à l'initiative de l'Etat Gabonais et d'Elf Gabon, l'Institut Gabonais d'Appui au Développement (IGAD) a pour objectifs principaux :

> le développement d'un tissu agricole périurbain de type privé sous une forme d'agriculture sédentaire intensive et protectrice de l'environnement ;

> l'approvisionnement des marchés urbains en produits frais locaux ;

> la Recherche-Développement sur la valorisation des potentialités agricoles et para-agricoles.

L'Institut est constitué en association à but non lucratif de droit gabonais, régie par la loi de décembre 1962, son siège social est basé à Libreville.

Il agit sous la tutelle administrative du Ministère de la Plani-fication et sous la tutelle technique du Ministère de l'Agriculture, de l'Elevage et du Développement Rural.

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> Les prestations
Les prestations dispensées par les équipes qualifiées de l'Institut sont ouvertes à tous les publics et se déclinent comme suit :

> Accueil et information sur les activités de l'Institut et sur les potentialités de collaboration (entretien, orientation…).

> Visite diagnostic d'exploitation par des techniciens agricoles confirmés et recommandations.

> Appui à la réalisation d'études de faisabilité pour l'installation ou l'amélioration d'exploitation.

> Formation professionnelle agricole en maraîchage cultures vivrières, arboriculture fruitière et gestion d'exploitation.

> Appui aux producteurs par le conseil sur l'exploitation de techniciens agricoles confirmés et expéri-mentés, sur base d'une convention de collaboration.

> Etudes technico-économiques sur demande…

Les appuis à la profession représentent annuellement environ 4000 prestations techniques et 500 prestations de formation.

L'Institut agit selon une méthode d'intervention définie qui s'articule autour de 3 éléments :
> une démonstration des poten-tialités agricoles, par la création d'exploitations agricoles et para-agricoles privées gérées par des entrepreneurs gabonais indépendants et autonomes ;
> la capitalisation des éléments technico-économiques, sociaux et financiers issus de la phase de démonstration, ainsi que le suivi du processus par la mise en place d'une recherche d'accompagnement ;
> une diffusion des techniques et enseignements capitalisés, par la mise en place d'outils d'appui aux professions : Appui et Encadrement, Formation Professionnelle Agricole, Recherche d'Accompagnement…

L'Institut dispose d'une équipe légère composée d'une vingtaine d'agents. Les départements techniques sont au nombre de 5 :

> Appui et Encadrement des Producteurs (DAEP) ;
> Formation Professionnelle Agricole (DFPA) ;
> Recherche d'Accompagnement (DRA) ;
> Etudes et Informations (DEI) ;
> Transformation agroalimentaire (DTAA).

L'Institut est membre du Réseau Agrisud International et de nom-breuses collaborations locales et internationales permettent de développer un maillage de professionnels à l'écoute du monde agricole :
- le Centre d'Appui Technique à l'Hévéa culture ;
- l'Université des Sciences et Techniques de Masuku ;
- Institut National de Cartographie ;
- le Centre de Recherche Agronomique de Boumango, etc… et,
- le CIRAD ;
- la Faculté d'Agronomie de l'Université de Libre de Bruxelles ;
- le département de Géographie de l'Université Paris I Sorbonne ;
- le CNEARC ; - le Centre Régional de Bananier et Plantain (Cameroun) ;
- l'ICRA Montpellier ;
- AGRICONGO (Congo), etc…


L'impact

La démonstration du potentiel agricole de la petite exploitation privée a permis de créer 200 entre-prises gabonaises générant une production de 1.300 tonnes de produits frais par année, ce qui correspond à un chiffre d'affaires estimé de 750 MFcfa, soit 470 MFcfa de résultat par an.

Parallèlement, à Libreville et dans sa périphérie, un développement spontané d'exploitations agricoles a vu le jour depuis 1992. Celui-ci a pu être évalué, dans le cadre du maraî-chage, à 250 entreprises. Les parts de marché prises par la production locale dans l'approvisionnement en légumes frais sont considérables. En volume, les importations ont chuté de près de 40% depuis 1993.

La démonstration réalisée depuis 1992 a généré environ 1.200 emplois directs, et a surtout permis de lancer une véritable dynamique agricole périurbaine.


Sources : Gabon exotisme et congrès ; Gabon un pays aux mille merveilles ; Gabon carte de visite ; Gabon l'aventure Equatoriale ; Le Gabon aujourd'hui.