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Le constat est général, cette dernière décennie,
l'Afrique vit une phase capitale dans son évolution politique,
sociale et économique. Le processus de démocratisation engagé,
les réalités d'un pays à l'autre sont diverses et
complexes. Le journaliste constitue le levier essentiel du processus de
démocratisation en cours. Sa compétence dans l'exercice
professionnel est très déterminante dans la moralisation
de la vie en société et aussi pour l'assainissement des
murs politiques. L'histoire de ces dix dernières années
retient de mémoire, les charniers de Timisoara (Roumanie), Rwandais,
la radio mille collines etc
En introduction à un numéro spécial du "monde
diplomatique", manière de voir (le désastre des nations),
l'éditorialiste Ignacio Ramonet écrit : "la mondialisation
de l'économie s'accompagne de la mondialisation de l'information.
La télévision relayée par satellite transmet désormais
les grands événements en direct à l'ensemble de la
planète, la chaîne de télévision CNN a bouleversé
le journalisme et bousculé la diplomatie, contraignant les chancelleries,
voire les chefs d'Etat, à prendre, en direct, les décisions
qui auraient mérité plus de réflexions. Dans la guerre
des images, une photo ou une scène télévisée
et son écho planétaire peuvent avoir plus d'efficacité
qu'un corps d'armée. On a pu le mesurer pendant la guerre du golfe".
C'est dire en d'autres termes, comment les bulletins de nouvelles, rythment
nos vies à l'heure de la démocratie. Nous sommes submergés
ou enveloppés par l'information à cette époque où
elle a une valeur stratégique, politique. Le journaliste, principal
acteur, est l'un des dépositaires du droit de la parole du citoyen.
Il se situe en amont et en aval parce que la presse reste le thermomètre
des changements démocratiques. Elle concourt à l'émergence
du développement d'institutions et au mûrissement d'une culture
démocratique.
Le journaliste dans ce contexte, doit maîtriser les différents
aspects de l'éthique et de la déontologie ce qui permettra
de réduire sa vulnérabilité face aux différents
pouvoirs et de réimposer l'intégrité de la profession
au public et plus spécialement à la classe politique.
Mais avec l'émergence de la démocratie et le pluralisme
politique, le constat est autre. Et comme l'écrivait feu Président
du Niger Ibrahim Maïnassara Ben, dans sa motion aux journalistes
lors du 30ème anniversaire de l'Union Internationale des Journalistes
et de la Presse de Langue Française (UIJPLF) à Bamako en
novembre 1998 parlant d'une presse à scandale, il souligne "le
résultat est ce que l'on voit des titres au contenu insipide, sans
aucune finesse professionnelle, parce que leurs sponsors occasionnels
leur font écrire ce qu'ils veulent quand ils veulent, et sur qui
ils veulent
".
Depuis le printemps de la presse écrite dans notre sous-région,
le journalisme est devenu la fonction la plus poreuse. De l'avis général,
malgré les structures institutionnelles en Afrique subsaharienne,
malgré les coopérations multinationales, malgré les
percées ici et là des initiatives locales la situation n'est
pas reluisante. Trop de journalistes dans nos pays en voie de développement
ne bénéficient pas encore d'une formation digne, afin d'exercer
ce métier dans les conditions les meilleures. Il reste encore beaucoup
à faire dans ce domaine au niveau de la formation. Et conformément
à la déclaration de Windhoek "développement
d'une presse africaine indépendante et pluraliste" dans
son 16ème point qui stipule que : l'Organisation des Nations Unies
et l'Unesco et en particulier le Programme International pour le Développement
de la Commu-nication (PIDC), devraient, en coopération avec les
organismes gouvernementaux (PNUD) et non gouvernementaux d'aide au développement,
entreprendre dans le domaine de formation de journalisme et de gestionnaire
d'entreprise de presse, des cours de formation professionnelle en organisant
des stages ou en accordant des bourses à l'endroit des journalistes
africains peu formés et manquant d'expérience.
Les acquis dans les activités de la promotion
de la liberté de la presse au Gabon
Avant d'aborder le vif de ce sujet, il nous paraît très nécessaire
par souci de vérité historique de situer la nouvelle explosion
de la presse gabonaise (1990) à partir de son passé post-colonial.
Le principe est universel et bien observable en Afrique francophone depuis
la chute du mur de Berlin. A la sortie du règne des dictateurs, les
populations manient entres autres, l'arme des faibles : la parole. Qu'elle
soit imprimée, radio, ou télévisée, elle représente
la principale arme des peuples en lutte.
S'il est établi que le premier journal Òl'écho gabonaisÓ voit
le jour, le 22 juillet 1922, à Dakar (Sénégal), l'uvre
du pionnier de la presse gabonaise Laurent Antchouey ne connaît pas
sa plénitude à cause de ses prises de position anti coloniales.
"L'écho gabonais" est interdit deux ans après sur
une décision du gouverneur de l'Afrique équatoriale française
(AEF) Victor Au gagneur.
Il a fallu attendre la fin de la 2ème guerre mondiale pour assister
au véritable départ de la presse gabonaise. Le contexte
International ayant beaucoup évolué. Obligée de reconnaître
l'effort de l'Afrique pendant la guerre, soumise aux pressions sovieto-américaines
prônant l'auto-détermination de peuples encore sous le joug
colonial, la France, par décret du 7 Août 1944, institue
les syndicats dans les colonies d'Afrique. Résultat : outre la
présence des associations corporatistes au Gabon, les partis politiques
vont naître.
Pour diffuser leur philosophie et leurs idéologies, ils vont se
servir entre autres des médias. Les actes les plus prestigieux
étaient :
- L'Union gabonaise "organe de presse du bloc démocratique
gabonais". La formation politique de Léon Mba.
- Le Pilote et Renaissance, journaux de l'Union démocratique et
sociale gabonaise (UDSG), le parti de Jean Hilaire Aubame.
- La cognée, le bulletin du Mouvement national pour la révolution
du Gabon (MNRG) de Germain Mba.
- L'Effort gabonais, journal catholique.
- Réalités gabonaises, revue des enseignants.
- Gabon Matin, quotidien appartenant à Michel Breteuil, pris à
l'Agence Gabonaise de Presse (AGP).
Ce qui caractérise tous journaux, c'est le ton qu'ils utilisent
: ce sont des organes de combat. Les uns réclament ouvertement
l'indépendance, pour d'autres c'est l'émancipation de l'homme
noir. Les précurseurs de la presse gabonaise : Louis Bigman, François
Meye, Jean Rémy Ayoune, Tsira Ndong Ntoutoume, Vincent de Paul
Nyonda, Léon Mba
n'étaient pas des journalistes.
Tous ces journaux disparaîtront dès le retour au parti unique
en 1967. Il a fallu attendre vingt trois ans après, avec la conférence
nationale en Mars/Avril 1990 pour assister à nouveau à l'éclosion
d'une nouvelle presse plurielle. Des partis politiques naissant vont ouvrir
des colonnes dans l'espace médiatique : LA CLÉ, MISAMU,
LA GRIFFE, MIBANA, LE BUCHERON, LE COMBAT, L'EFFORTetc
vont sortir
le Gabon de sa longue nuit de parti unique.
Ainsi le journaliste ne sera plus seulement "un agent de développement
" selon Hervé Bourge il va dorénavant : informer, former,
éduquer et distraire.
Dans ces deux contextes historiques le principal acquis dans les activités
de la promotion de la liberté de la presse est la liberté
d'écrire conséquente des systèmes multi-partites.
A contrario, l'impression des journaux au Gabon est une véritable
gageure. Le Gabon ne disposant que d'une seule imprimerie fiable, la société
Multipress exerce un véritable monopole dans les tirages de journaux.
Les prix varient entre 565 000 FCFA le plus petit tirage de 3000 exemplaires
et 1.265.000 pour 10.000 exemplaires. Conscient du rôle majeur
de la presse, le Président de la République Gabonaise
Omar Bongo en novembre 2000 octroie une aide financière de 250.000.000
FCFA pour relever les titres de la presse mis sous le boisseau pour des
raisons économiques et ordonne au gouvernement d'allouer un budget
annuel de 500.000.000 F CFA à l'ensemble de la presse écrite
gabonaise public/privé. La déclaration de Windhoek dans
son 2ème point entend par une presse indépendante, une presse
sur laquelle le pouvoir public n'exerce ni leur prise politique ou économique,
ni contrôle du matériel et des équipements nécessaires
à la publication et la diffusion des journaux, magazines et périodiques
et le point 10 en renfort ajoute, pour encourager et consolider les changements
positifs qui se produisent en Afrique
Les organisations d'aide devraient
appuyer financièrement la presse. Au Gabon l'installation d'une
deuxième imprimerie moderne regroupant l'ensemble des éditeurs
privés serait louable et réduirait les coûts d'impression
élevés de l'unique imprimerie Multipress qui tient les cordons
de la bourse à cause de son monopole.
Nouvelles technologies de l'infor-mation radio télévision
du service public
Les progrès techniques tant en matière
de radiodiffusion que du domaine de la télévision se traduisent
aujourd'hui par l'installation du numérique à la radio tout
comme à la télévision. Cela permet la qualité
du son et la rapidité du traitement de l'information et aussi un
gain de temps.
Au Gabon et comme dans beaucoup de pays d'Afrique sub-saharienne,
le retard est considérable. Toutes les chaînes de radios
(publiques et privées) ne disposent pas de matériel adapté
aux techniques modernes d'informations et de communication. Seule la station
panafricaine AFRICA n° 1 et le quotidien l'Union sont adaptés
aux nouvelles mutations technologiques. L'Agence Gabonaise de Presse fonctionne
au petit bonheur, après avoir été connecté
en décembre dernier à l'Agence chine nouvelle. Pourtant
il est possible de renou-veler le matériel obsolète pour
de meilleures conditions de travail. La presse privée au Gabon
gagnerait quant à elle, en présentant des projets d'ensemble.
Le statut des journalistes et des organes professionnels
Dans les dispositions générales (régime
de la communication), de l'ordonnance N07/93 du 1er octobre 1993 relative
à la communication audiovisuelle, cinématographique et écrite,
on ne fait nulle part allusion aux avantages de la profession (statut
du journaliste). Sinon au premier chapitre, après avoir défini
la qualité du journaliste, au 2ème chapitre et, de l'article
89 à 90 où l'on évoque ses droits et obligations.
Art. 89 : Dans l'exercice de ses activités, le journaliste professionnel
bénéficie d'une totale liberté quant à la
collecte et à l'exploitation de l'information sous réserve
des lois et règlements en vigueur/Censure. Art. 90 : Le journaliste
professionnel est placé sous le régime de la convention
collective de la presse privée pour ce qui concerne ses droits
et obligations. Le journaliste professionnel employé dans le secteur
public est soumis au régime applicable aux agents de l'Etat. Dans
ces deux cas de figure, on constate que le journaliste de la presse privée
exerce le mieux sa profession en toute liberté (malgré les
cas de dérapages et délits de presse). Le journaliste employé
dans le secteur public soumis au régime applicable aux agents de
l'Etat est régulièrement exposé à la censure,
et sa marge de manuvre est lamentablement limitée.
Pour l'un, comme pour l'autre l'accès aux sources d'information
est souvent difficile, nos bibliothèques et archives standardistes
ne garantissent pas les recherches des professionnels.
Comment aider la presse de nos pays à s'ouvrir aux autoroutes de
l'information ? Et comment favoriser les échanges d'information
Nord-Sud et Sud-Sud ? Tout en rappelant que la presse privée ne
dispose ni de support publicitaire, ni de subvention de l'Etat.
Au Gabon, il n'existe pas d'associations de journalistes au sens corporatiste
de la profession, il existe une association des journalistes sportifs
qui inclut uniquement les journalistes de la presse sportive de divers
organes de presse. Cependant, une vingtaine de journalistes gabonais et
deux magistrats sont membres de l'Union Internationale des journalistes
et de la presse de langue française (UIJPLF).
Le syndicat des professionnels de la communication (SYPROCOM), principale
structure syndicale des communicateurs au Gabon ne regroupe pas la presse
dans l'ensemble. Cette situation particulière affaiblit la marge
de manuvre des communicateurs gabonais dont les revendications souvent
posées ont moins d'impact aux yeux du pouvoir et de l'opinion publique.
Alors, la presse gabonaise (en groupe de pression) gagnerait davantage
si on optait avec la vigueur des moyens syndicaux souvant gage de succès,
par la prise en main des communicateurs eux-mêmes de leur avenir
professionnel.
Dialogue entre les journalistes, l'administration
et les instances judiciaires
Presse et démocratie, au cours de ces dernières
années semblent se confondre quand elles ne se conjuguent pas.
Les relations entre la presse (journalistes) et les admi-nistrations ne
reflètent pas un dialogue nouveau, mais une ouverture de relations.
Au début, la confiscation des régimes monolithiques plaçait
sous surveillance la presse audio visuelle et la presse écrite.
Un peu partout en Afrique francophone, le premier et le principal acquis
après les conférences nationales successives à été
la libéralisation des médias. A raison, les autorités
politiques l'ont accepté la mort dans l'âme. Il y avait les
impératifs de l'unité nationale, la culture démocratique,
la moralisation de la société, le contraire aurait été
préjudiciable à l'intégration socio-économique,
la cohésion de la nation, et à l'ouverture du monde extérieur.
Certes, la démocratie n'en est pas moins confrontée à
des échecs, des dérives et des déceptions, cependant
elle se construit sur des fondements : les sens de la vie et du rôle
des sociétés, la dignité des personnes égales
en droit.
Aussi, les régimes en place ont pris conscience que les médias
avaient un rôle important à jouer afin d'informer le peuple
sur les enjeux socio-culturels et économique. Avant on pouvait
s'en passer. Preuve : jusqu'en 1990, le Gabon ne disposant pas de loi
sur la presse, va recourir à une loi fossile. Par l'Arrêté
00/756/PM/MATCLD/ MCIRS du Premier Ministre du 9 septembre 1993, l'Etat
remettait en application les dispositions de l'Article 5 de la loi 85/89
du 5 janvier 1960 promulguée 8 mois avant l'indé-pendance
du Gabon. Cette loi instituait la censure. Pourtant, en son article 3,
cette même loi se contredisait en stipulant "Tout journal
écrit ou périodique peut être publié sans autorisation
préalable et sans dépôt de cautionnement".
Les bouleversements survenus en Afrique après la chute du mur de
Berlin ont donné naissance à des formations politiques et
une floraison des journaux au Gabon.
Une nouvelle race de journalistes est née, volontaristes et courageux
mais en majorité peu formés et manquant de professionnalisme.
Cependant grâce à eux, à tort ou à raison les
médias ont cessé d'être la chasse gardée des
journalistes-fonctionnaires soupçonnés souvent d'être
inféodés aux tenants du pouvoir. Cette presse de combat
persiste toujours à travers les journaux d'opinion.
La conférence nationale au Gabon avait dénoncé "la
fragilité de la presse d'Etat" constaté par le manque
et l'inadaptation des textes régissant le journalisme" et
déploré l'inexistence de la législation en matière
de presse.
Parmi les recommandations de la conférence nationale (avril 1990),
on peut retenir entre autre l'élabo-ration d'un nouveau statut
de la profession de journaliste, survie des textes législatifs
garantissant la liberté de presse, l'élaboration d'un code
de déontologie de la profession et la création du Conseil
National de la Communication (CNC). On retiendra que le dialogue initié
à la conférence nationale entre la presse les pouvoirs publics
et la société civile au fil du temps gagne en qualité.
Constat. Même si certains titres jugés scandaleux ont disparu
(faute de moyens), la presse gabonaise en matière d'investigation
et de présentation honore l'ensemble de ses lecteurs et auditeurs.
S'agissant de l'environnement, depuis 1990 l'Etat n'a plus le monopole
de la communication il l'a partagé désormais avec deux propriétaires
: l'entrepreneur privé (bien que dépourvu de support publicitaire)
et les partis politiques. Dans l'ensemble les professionnels de la communication
au Gabon ont joué un rôle important pour asseoir un certain
équilibre entre les achats jugés insuffisants par une administration
jalouse de ses prérogatives et les exigences toujours plus nombreuses
des organisations civiles et syndicales.
En définitive, pour le journaliste du 3ème millénaire,
il ne suffit plus de dénoncer le cas du niveau de l'enseignement
en baisse, il faut qu'il instruise davantage dans les problèmes
de l'éducation ; il ne suffit pas d'apprécier l'intervention
des forces consciences onusiennes pour leur intervention dans une région
d'Afrique subsaharienne, il faut que le journalisme s'informe des conditions
de vie de l'armée locale.
La diversité des médias n'assure pas forcément la
qualité. Deux grands remèdes s'imposent : l'organisation
juridique et institutionnelle de l'équilibre entre les pouvoirs
et l'existence des contre-pouvoirs (forces de critique et contestation).
Ethique des responsables ou des détenteurs du pouvoir, éthique
aussi pour les représentants des contre-pouvoirs. Les instances
de régulation de la communication ne peuvent être respectées
si leur caractère d'objectivité et transparence est respecté".
La multiplication des organes de presse n'est pas forcément l'expression
de la liberté de presse mais plutôt la conjugaison des efforts
d'autorégulation qui consolide l'Etat de droit.
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