Par Maxime Poupi CNU

La réserve de faune de la Lopé-Okanda et la forêt de Minkébé en voie d'inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'Uneco, c'est ce qui se dessine au terme du séminaire sur le renforcement des capacités pour la protection de la nature et l'identification des sites naturels du Gabon pouvant faire l'objet d'une inscription sur la Liste du patrimoine mondial

- organisé à Libreville les 14, 15 et 16 février 2001 -


Les travaux en groupes du séminaire organisé en vue d'identifier les sites naturels du Gabon répondant plus ou moins aux critères exigés par le Centre du Patrimoine Mondial ont retenu entre autres sites :

- La réserve de faune de la Lopé-Okanda, comme site mixte, naturel et culturel.
- L'Arboretum de Sibang, comme site naturel.
- La forêt de Minkébé, comme site naturel.
- La forêt classée de la Mondah, comme site naturel mais sous réserve de présentation d'une documentation complète.
- Le Complexe d'aires protégées de Gamba, comme site naturel mais sous réserve qu'une documentation complète soit déposée le plus tôt possible à la Commission Nationale Gabonaise pour l'Unesco.

De tous ces sites, la réserve de faune de la Lopé-Okanda et la forêt de Minkébé présentent plus des aspects d'une valeur exceptionnelle pouvant retenir l'attention des membres du comité d'analyse de dossiers d'inscription des sites.

Au niveau du cadre réglementaire et institutionnel du patrimoine naturel National on note que les autorités gabonaises ont pris des mesures de préservation et de gestion rationnelle des écosystèmes. La démarche du Gabon dans l'élaboration des lois à cet effet, prenait déjà en compte les préoccupations internationales sur la protection des sites naturels. Il est également fait mention du renforcement des capacités d'action du Comité National pour l'Environnement et la mise en place d'organe de suivi, notamment la création d'un comité national du patrimoine naturel et culturel.


Dessin : Kate Abernethy

Photo P. Dejace

Photo M. Vives

Photo P. Dejace

Photo P. Dejace


La réserve de faune de Lopé-Okanda


La réserve de la Lopé est la première aire protégée créée au Gabon. Les textes de création de l'aire protégée ont été pris sur la base du décret du 27 mars 1944 réglementant la chasse en Afrique Equatoriale Française (AEF).

La proposition de classement de cette zone mentionnait déjà la nécessité de "maintenir en un juste équilibre l'exploitation du territoire et la protection de ses richesses naturelles vouées, sans cela, à une disparition inéluctable" (lettre du 5 août 1946 adressée au gouverneur de l'A.E.F.).

Située en plein milieu du vaste massif forestier Guinéo-Congolais, sous l'équateur et au cœur du Gabon, la réserve de la Lopé constitue un témoin vivant de ce que fut l'Afrique centrale il y a 18.000 ans.

A cette époque, le climat de la terre s'est refroidi. Les forêts tropicales, qui ont besoin de chaleur et d'humidité, reculent, faisant place à des savanes. Quelques îlots forestiers qui vont constituer des zones de refuge subsistent toutefois. Et plus tard lorsque le climat de la terre se réchauffe, la forêt entame une recolonisation des savanes, à partir des îlots qui se sont maintenus. C'est ce phénomène qui est exactement observé à la Lopé, avec des paysages de mosaïques savanes-forêts. On y trouve également des forêts galerie, des forêts en évolution, des forêts mature à haute canopée, etc.

Dans la réserve de la Lopé, on trouve les plus anciennes traces de pierres taillées (400.000 ans) pour l'Afrique centrale forestière. Vers 500 avant JC, des populations de métallurgistes se sont implantées dans cette région ; c'est l'avènement de l'âge du fer ancien qui inscrit dans la roche, un riche patrimoine archéologique.


Quelques chiffres
- Réserve de chasse de la Lopé 150.000 ha (domaine de chasse Lopé-Okanda)
- Parc national et réserve naturelle intégrale 350.000 ha (réserve de faune de l'Offoué-Okanda)
- Noyau central 167.000 ha (réserve naturelle intégrale)

La réserve de faune de la Lopé est composée de deux entités : la réserve de chasse de la Lopé-Okanda créée par arrêté du 26 septembre 1946 d'une part ; le parc national de l'Okanda et la réserve naturelle intégrale de l'Offoué créée elle par un arrêté du 27 septembre 1946 d'autre part. Ces trois catégories juridiques correspondent à l'exercice d'activités différentes, le statut de protection le plus élevé étant accordé à la réserve naturelle intégrale, puis au parc national. La réserve (partielle) de chasse de la Lopé-Okanda entre dans le cadre de la réglementation cynégétique : la chasse y est organisée et spécialement réglementée. Les limites de ces trois zones sont fixées par les textes qui les créent.

Toutefois, selon l'arrêté du 27 septembre 1946, ces aires protégées ont conservé leurs limites d'origine. La réserve de chasse couvre la partie nord de l'aire protégée, c'est-à-dire les savanes et leur lisière avec le massif forestier ; le parc national lui, couvre la partie centrale et la réserve naturelle intégrale le sud de la zone.

La Réserve de faune de la Lopé bénéficie, dans le cadre du programme régional "Conservation et utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers en Afrique centrale" (ECOFAC), d'un financement de l'Union Européenne, intervenant en appui au Ministère des Eaux et Forêts et du Reboisement au Gabon.

ECOFAC est un programme financé par l'Union Européenne qui aide à l'aménagement de la réserve de faune de la Lopé. Son objectif est d'en promouvoir la conservation en appuyant son développement touristique. Par la valorisation des ressources naturelles et les débouchés économiques qu'elle implique, ECOFAC souhaite faire la démonstration que protection de l'environnement et développement économique sont liés.

La forêt de Minkébé


La forêt de Minkébé est géographiquement située dans la région nord du Gabon. Elle admet les coordonnées géographiques ci-après : 1¡15'-2¡18'N ; 12¡23'-13¡20'E. La réserve ou forêt de Minkébé s'étend sur 600.000 hectares et présente de nombreuses limites dont :

- à l'est par les rivières Sing, Nouna, Bemvoula et Ivindo ;
- au nord par les rivières Ayina, puis Mvoula ;
- à l'ouest par les rivières Ntem et Mvoung IV ;
- au sud par une ligne imaginaire qui sépare la réserve d'un permis Présidentiel.

Le mont qui a donné son nom à la région est le point le plus élevé de la zone avec 937 mètres de haut. C'est une zone caractérisée par des plateaux entrecoupés de vallées à la fois larges et étroites. Les vallées les plus larges sont souvent périodiquement inondées.

La réserve naturelle de la Lopé

Très peu développé au Gabon, l'éco-tourisme fait, néanmoins, ses premiers pas. Dans la province de l'Ogooué Ivindo (Nord-Est). Et principalement dans la réserve naturelle de la Lopé.

Lancé en 1992, le projet de conservation et d'utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers en Afrique Centrale (Eco-Fac) se développe - lentement, mais sûrement - sur le site de la Lopé. Bénéficiant de l'apport institutionnel de la brigade de la faune et de la flore, ce projet est financé par l'Union Européenne.

Le principal objectif dudit projet est de mettre en valeur la réserve de la Lopé, par la création d'emplois durables, grâce au développement et à la promotion de l'éco-tourisme. Au-delà de son aspect "récréatif", ce projet comporte un volet pour la recherche scientifique. Notamment, l'inventaire des singes, des gorilles, de la végétation et des vestiges historiques. Des études anthropologiques sont également en cours.

Le projet Eco-Fac couvre 500 000 hectares- dont un plateau central de 150 000 ha - à travers les savanes et les contreforts jouxtant la chaîne de montagnes accoudées au Mont Brazza.

Dès le lancement effectif du projet, l'Union Européenne a investi 1,3 milliards de francs CFA. Somme devant servir à l'amélioration du site afin d'attirer les touristes. Grâce à des structures d'accueil adéquates. Ainsi seront construits, pour le projet proprement touristique, 25 kilomètres de sentier pédestre, une vingtaine de miradors pour l'observation des animaux en toutes saisons…

Renfermant plusieurs epèces d'animaux - éléphants, buffles, phacochères, gorilles, singes… - et de nombreuses variétés d'oiseaux, l'accent a été mis sur la formation des communautés villageoises des abords de la Lopé. Près de 100 travailleurs, recrutés localement, œuvrent à Eco-Fac. Et une ONG, pilotée par des villageois, a été constituée pour gérer, à long terme, cette exploitation touristique.



© Mistral voyage

Les lacs sont aussi le domaine de milliers d'oiseaux.
© Mistral voyage