de son Excellence M. le Professeur Romain Murenzi,
Ministre de l’éducation, de la science, de la technologie et de la recherche scientifique
au Rwanda, à la Conférence Générale de l’UNESCO

—Paris, le 19 octobre 2001—



 
 

Monsieur Koïchiro Matsuura, Directeur Général de l’Unesco, a reçu la visite de son Excellence M.
le Professeur Romain Murenzi, Ministre de l’éducation, de la science, de la technologie et de la recherche scientifique au Rwanda.

 

Monsieur le Président de la Conférence Générale, Madame la Présidente du Conseil Exécutif, Monsieur le Directeur Général de l’UNESCO, Mesdames, Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs les Délégués, Mesdames, Messieurs, au nom de mon pays, le Rwanda et de l’ensemble de ma délégation, je voudrais tout d’abord vous présenter, Monsieur le Président de la Conférence Générale, mes chaleureuses félicitations pour la confiance que vous a témoignée cette auguste assemblée en vous élisant à sa tête pour cette 31è session. Je suis convaincu que sous votre dynamique direction, notre conférence sera un succès total.

Mon pays saisit cette occasion pour se joindre encore une fois à la condamnation par la communauté internationale de la tragédie du 11 septembre dernier, qui a frappé les États-Unis d’Amérique, causant la mort de milliers d’innocents. Nous condamnons énergiquement le terrorisme sous toutes ses formes.

Le Rwanda adhère pleinement aux propositions contenues dans la Stratégie à moyen terme pour 2002-2007. C’est un document clairement structuré autour de douze objectifs stratégiques bien définis répartis entre les grands domaines de compétence de l’Organisation : éducation, sciences, culture, communication et information. Nous sommes plus particulièrement satisfaits des deux thèmes transversaux — l’élimination de la pauvreté et la contribution des technologies de l’information et de la communication au développement de l’éducation, de la science et de la culture et à la construction d’une société du savoir. Nous pensons comme le Conseil Exécutif que ces deux thèmes transversaux devraient être partie intégrante de tous les programmes de l’UNESCO. Mon pays appuie les recommandations du Conseil Exécutif relatives au projet de Stratégie à moyen terme, et en particulier celles qui ont trait à la formation des enseignants, à la lutte contre le VIH/Sida et à la formation aux technologies de l’information et de la communication.
Le Rwanda approuve également les grands programmes proposés dans le Projet de programme et de budget pour l’exercice biennal 2002-2003. Ces propositions reflètent en grande partie les priorités définies par nos États membres et les recommandations formulées lors des réunions de consultations organisées par le Secrétariat auprès de nos commissions nationales. Nous souhaitons que l’UNESCO s’efforce de mobiliser des moyens financiers suffisants pour que les orientations définies dans le document 31 C/5 puissent être concrétisées sur le terrain dans nos pays respectifs, notamment les activités prévues dans le cadre des programmes tels que l’éducation de base pour tous, programme conforme aux conclusions et recommandations du Forum de Dakar : Édifier des sociétés du savoir par une éducation de qualité et la rénovation des systèmes éducatifs, science et technologie : renforcement des capacités et gestion, Les sciences de l’environnement, Promotion des droits de l’homme, de la paix et des principes démocratiques, Protéger la diversité culturelle et promouvoir le pluralisme et le dialogue interculturel, Renforcer les liens entre culture et développement, sans oublier les deux thèmes transversaux.

M. le Président, la guerre et le génocide qu’a connus mon pays en 1994 ont causé d’énormes pertes matérielles, financières et humaines. Aucun secteur de la vie nationale n’a été épargné. Le système éducatif en a particulièrement souffert : bâtiments détruits, mobiliers et équipements pillés, enseignants tués ou exilés… Face à l’immensité des besoins, le Gouvernement d’union nationale mis en place en juillet 1994, a décidé de coordonner tous les efforts de développement et d’assistance et de les axer sur la normalisation du système éducatif. D’importants efforts ont été ainsi consentis pour remettre en état ou construire les infrastructures et les équipes scolaires et pour former des ressources humaines qualifiées, en particulier des enseignants. Notre première priorité a été d’accroître l’accès à l’enseignement, et surtout à l’enseignement primaire, dont les 1.882 établissements ont rapidement rouvert leurs portes dès l’année scolaire 1994-1995, accueillant au total 940.000 élèves. Sept ans plus tard, près d’1,5 million d’élèves sont inscrits dans 2.142 écoles primaires. Les taux de scolarisation brut et net atteignent respectivement 99,5% et 72,1%.

L’enseignement secondaire a accueilli au début de l’année scolaire 1995-1996, 50.000 élèves dans 210 écoles, enseignements public et privé confondus. En 2000-2001, on compte au Rwanda 376 écoles secondaires publiques et privées totalisant plus de 141.000 élèves. Les établissements de l’enseignement supérieur ont également rouvert au cours de l’année académique 1995-1996 avec 2.800 inscrits. En 2000-2001 les établissements d’enseignement supérieur publics, dont un certain nombre venaient d’être créés, ont accueilli 7.200 étudiants. Parallèlement des établissements d’enseignement supérieur privés ont vu le jour et accueillent environ 5.000 étudiants. L’une des priorités de notre programme Vision 2020 étant de doter le pays de ressources humaines qualifiées, nous comptons sur l’appui de la communauté internationale, et d’abord de l’UNESCO, pour réaliser cet objectif, car malgré les efforts déployés, l’accès à l’enseignement secondaire, et plus encore à l’enseignement supérieur, reste encore très limité.

M. le Président, j’ai le plaisir de vous informer que dans le domaine de l’éducation, plusieurs autres réalisations positives ont vu le jour en très peu de temps au Rwanda. Nous avons mis sur pied une Inspection générale de l’enseignement, créé un Conseil national des examens doté de l’autonomie, un Centre national de développement des programmes, l’Institut pédagogique supérieur de Kigali pour la formation d’enseignants du secondaire qualifiés, l’Institut des sciences, de la technologie et de la gestion de Kigali, dont nous avons proposé à la Conférence MINEDAF VII à Durban qu’il soit reconnu comme centre régional d’excellence. Des écoles normales modèles ont été mises en place dans toutes les provinces du pays et équipées notamment en matériels audiovisuels et informatiques en vue d’assurer la formation initiale et continue des enseignants du primaire. Des programmes d’enseignement du primaire et du secondaire ont été harmonisés et adaptés au contexte social résultant du rapatriement des réfugiés. Tenant compte des sombres événements de notre histoire récente, nous privilégions l’éducation axée sur l’acquisition de compétences dont l’objectif est d’inculquer à la jeune génération l’esprit de bonne entente, notion de résolution pacifique des conflits, la culture de la paix, la tolérance et les principes de la coexistence pacifique. En effet, il est important au Rwanda, de prévenir les conflits et de bâtir une société solidaire, et de garantir aussi un avenir meilleur à notre peuple. L’éducation est le meilleur moyen d’atteindre cet idéal car, comme le dit si bien l’Acte constitutif de notre Organisation , “les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix”. Nous avons également élaboré des programmes de lutte contre le VIH/Sida en milieu scolaire. La décentralisation de l’administration de l’éducation est en train de devenir une réalité.

Tout en poursuivant nos efforts en matière d’accès, nous entendons nous employer surtout à améliorer la qualité en formant les enseignants, en équipant les écoles et en leur fournissant des matériels didactiques. Nous nous efforcerons également de développer l’enseignement technique et professionnel, de renforcer l’enseignement des sciences et de la technologie, d’identifier et mettre en œuvre des mesures d’incitation d’ordre professionnel et matériel afin de motiver nos enseignants. Ces actions seront menées en collaboration avec nos partenaires nationaux —parents d’élèves, confessions religieuses, ONG locales— avec l’appui des organismes de coopération bilatérale et multilatérale.

M. le Président, vous le savez, le Rwanda est l’un des pays les plus densément peuplés au monde. Cela se traduit par une dégradation de l’environnement due à l’utilisation du bois de chauffage comme source d’énergie par les ménages entraînant une forte déforestation. Nous nous félicitons donc qu’un programme spécial relatif à l’adaptation des politiques scientifiques aux besoins de la société ait été inclus dans la Stratégie à moyen terme. Le Rwanda s’intéresse à la vulgarisation des techniques d’exploitation du biogaz et de l’énergie solaire comme sources d’énergies nouvelles et renouvelables qui préservent l’environnement. Des projets pilotes ont été menés avec succès, notamment dans nos institutions scolaires. Nous demandons l’appui de l’UNESCO en vue d’étendre le projet à nos villages.

M. le Président, il ne m’a pas été possible, dans le peu de temps qui m’était accordé de citer la totalité des réalisations, des plans d’action et des besoins encore considérables du Rwanda en matière d’éducation, de science et de technologie, de culture et de communication.

M. le Président, nous voudrions ici exprimer notre reconnaissance à l’UNESCO, qui nous a appuyé dans nos réalisations. C’est dans le cadre du renforcement de cette coopération que le Gouvernement rwandais vient de mettre à la disposition du Bureau de l’UNESCO à Kigali un bâtiment pour abriter ses services. Mon pays souhaite vivement que ce Bureau devienne un bureau sous-régional pour la culture de la paix et de la tolérance.

Encore une fois, je remercie l’UNESCO pour son appui indéfectible au développement de l’éducation, de la science, de la culture et de la communication dans nos pays et je souhaite plein succès à cette Conférence.

Je vous remercie.