—31ème session Conférence Générale de l’Unesco—
Paris, le 25 octobre 2001



 
La réduction
de la pauvreté
est un impératif éthique et politique,
qui est au cœur
du concept de sécurité humaine.
C’est pour moi également
un défi personnel, pour lequel j’entends
mobiliser l’ensemble
des forces de l’Unesco au Siège et hors Siège dans les années à venir.


Paris, le 24.10.2001
Koïchiro Matsuura

 


M. Koïchiro Matsuura, Directeur Général de l’Unesco.

Monsieur le Président
de la Conférence Générale,
Madame la Présidente
du Conseil Exécutif,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,


Ces dix derniers jours ont été pour moi des moments très intenses. Trois chefs d’État, plus de 120 ministres, 15 organisations non gouvernementales, trois organisations intergouvernementales, quelque 180 orateurs au total ont participé au débat de politique générale de cette 31è session de la Conférence Générale.
Je voudrais avant tout vous dire ma profonde reconnaissance. Reconnaissance pour avoir nourri et stimulé un débat d’une telle richesse, qui a placé l’éthique, dans son sens le plus large, au premier plan de vos préoccupations. Éducation pour tous, gestion des ressources en eau douce, éthique des sciences et des technologies, diversité culturelle, dialogue des civilisations, accès équitable à l’information : ce sont là des préoccupations essentiellement éthiques. Vous avez reconnu en elles les grands défis que l’Unesco doit relever. Une chose m’a frappé après vous avoir tous écoutés : au-delà de ces préoccupations, il est un impératif supérieur, qui constitue à la fois le défi éthique le plus urgent tout autant que la condition préalable à l’instauration d’une mondialisation à visage humain : c’est l’élimination de la pauvreté.
Comme l’a dit si justement le Président Obasanjo, la pauvreté ne peut être appréhendée seulement en termes monétaires ni même économiques. C’est un phénomène beaucoup plus complexe. Beaucoup d’entre vous ont souligné le besoin de renforcer le plaidoyer éthique de la lutte contre la pauvreté, et d’approfondir la réflexion sur les liens entre pauvreté et diversité. Plus généralement, vous avez tous souligné la nécessité d’obtenir des résultats tangibles et rapides sur ce front. Il y va de la crédibilité du système des Nations Unies dans son ensemble. Ce qui nous impose un effort concerté, avec les institutions du système des Nations Unies et nos autres partenaires, pour développer des programmes de sensibilisation, de mobilisation et d’actions concrètes.
A défaut d’avancées significatives dans ce combat auquel l’ensemble de la communauté internationale doit s’associer, les objectifs qui nous sont propres —apprendre à vivre ensemble, promouvoir la diversité culturelle, encourager le dialogue des cultures, introduire l’éthique au cœur de la recherche scientifique et de la gestion des ressources naturelles— tous ces objectifs, dont vous avez souligné l’importance et l’actualité, auront peu de chances d’aboutir. La haine, l’intolérance, la violence et le fanatisme trouveront toujours des alibis et des prétextes pour se développer. La réduction de la pauvreté est un impératif éthique et politique, qui est au cœur du concept de sécurité humaine. C’est pour moi également un défi personnel, pour lequel j’entends mobiliser l’ensemble des forces de l’Organisation, au Siège et hors Siège, dans les années à venir.



Apprendre
à vivre ensemble
dans la
diversité culturelle


L’une des premières conclusions que je tire de ce débat est la confiance que vous placez en l’Unesco en tant que forum multilatéral et acteur incontournable dans la conjoncture internationale actuelle. Vous l’avez tous souligné : l’agenda de l’Unesco a soudainement été placé au plus haut de l’agenda international. C’est un défi pour notre Organisation, qui n’a sans doute plus à prouver sa pertinence, mais qui devra démontrer sa capacité de répondre efficacement et rapidement aux attentes qu’on place en elle.
Vous avez été nombreux à considérer que les propositions contenues dans la Stratégie à moyen terme constituaient un cadre stratégique approprié pour relever ces défis. C’est ma deuxième conclusion, et je m’en félicite. Je me félicite tout particulièrement que les cinq priorités que j’ai retenues pour le prochain exercice biennal aient rencontré une très large adhésion.

Une fois ce renouvellement programmatique effectué, il nous faudra désormais nous concentrer sur la qualité de l’exécution, sur l’obtention de résultats. Il nous faudra consolider et renouveler nos partenariats, rechercher l’excellence et privilégier la transparence. Nous devons être plus efficaces dans la dissémination de notre message et de nos réalisations et ainsi améliorer notre visibilité. Il nous faudra également poursuivre l’effort de concentration, qui n’a été qu’amorcé, j’en suis bien conscient. Il est vrai que les nombreuses attentes qui ont été exprimées à l’égard de l’Unesco lors de ce débat de politique générale, même si elles constituent, en elles-mêmes, une motion de confiance pour notre Organisation, ne vont pas dans le sens de la concentration. C’est donc un effort collectif que nous devrons poursuivre ensemble, avec réalisme et détermination.
J’ai noté avec satisfaction que de nombreuses délégations, en plénière ou au sein de la Commission administrative, ont souligné qu’un budget à croissance nominale zéro était un obstacle majeur pour l’accomplissement effectif de notre mission. La croissance nominale zéro ne devrait en aucun cas être érigée en dogme absolu, et j’espère bien que cette confiance que vous avez manifestée envers la nouvelle Unesco saura trouver sa traduction budgétaire dans les années à venir.
Certes, les ressources extrabudgétaires sont et continueront d’être une source majeure de financement permettant d’élargir la portée et l’impact de nos actions, en particulier au niveau national. Permettez-moi à cette occasion d’exprimer ma reconnaissance à tous les Etats qui ont généreusement proposé des fonds extrabudgétaires dans le passé, et d’exprimer l’espoir que le niveau actuel pourra être maintenu, voire augmenté. Mais je considère que le niveau du budget alloué à une organisation est un critère majeur de la confiance que ses Etats membres placent en elle, et de leur engagement vis-à-vis d’une coopération vraiment multilatérale.
Une troisième conclusion s’impose : le soutien que vous avez apporté à la réforme que j’ai entreprise a été, je crois, unanime. Je suis à la fois honoré et très encouragé par vos nombreux commentaires positifs. Bien sûr, la réforme n’est pas un événement, mais un processus. Un processus qui devra être poursuivi avec la même énergie dans les années qui viennent, de manière à adapter notre Organisation aux réalités du monde actuel et à opérer le changement culturel qui s’impose.
Je suis convaincu que la décentralisation est l’un des aspects majeurs de ce processus de réforme. Réussir la décentralisation, rapprocher nos structures, mais surtout notre action des pays eux-mêmes, de leurs besoins réels, sera l’épreuve de vérité. Je sais que nous n’en sommes qu’à la toute première étape, même si celle-ci a été la plus spectaculaire, et sans doute aussi la plus douloureuse. Beaucoup reste encore à faire, en termes de personnel, de budget, d’infrastructures, de communication. Il nous faudra élaborer de véritables stratégies régionales et sous-régionales, changer la nature des relations entre le Siège et le hors Siège. Je suis pour ma part déterminé à réussir, et suis confiant que je pourrai faire état de progrès substantiels à cet égard lors de la prochaine session de notre Conférence Générale.


Monsieur le Président,
Madame la Présidente,
Excellences,
Mesdames et Messieurs
,
permettez-moi maintenant d’analyser quelques points particuliers qui se sont dégagés du débat de politique générale.
De nombreuses délégations ont souligné le très grand pas que nous avons fait avec la déclaration sur la diversité culturelle. Je ne peux que vous répéter ce que j’ai dit dans mon exposé introductif, à savoir que l’objectif “apprendre à vivre ensemble dans la diversité culturelle” est assurément l’un des principaux qui aient été assignés à l’Organisation, et dont les récents événements ont fait si cruellement une priorité absolue. A cet égard, je me félicite du large appui qu’a recueilli le projet que j’ai proposé pour le patrimoine culturel de la vieille ville de Jérusalem.

De nombreux orateurs ont appelé l’attention sur le lien entre le dialogue entre les civilisations et le rôle permanent de l’Unesco dans la culture de la paix. Je partage sans réserve l’analyse selon laquelle il n’est d’autre solution qu’un processus patient, lent et parfois laborieux d’édification de la paix dans l’esprit des hommes, des femmes et des enfants. Non seulement c’est là la mission qui est inscrite dans notre Acte constitutif, mais toute autre voie serait inaction, indifférence et défaite. L’Unesco, en sa qualité de chef de file des organismes des Nations Unies pour la Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde, va chercher à tirer parti de la prodigieuse mobilisation mondiale qu’a suscitée l’Année internationale de la culture de la paix. L’éducation à la citoyenneté, aux valeurs, aux droits de l’homme et bien entendu les efforts connexes pour renforcer le dialogue entre les civilisations seront autant de dimensions essentielles de cette entreprise que nous poursuivons.

Ce dernier domaine, le dialogue entre les civilisations et les cultures, ne peut qu’être développé, d’après nombre de délégations, en particulier au lendemain des attentats terroristes contre les Etats-Unis. Les Présidents Obasanjo, Chirac et Adamkus ont parlé avec la plus grande éloquence du lien entre le dialogue, la diversité, le respect de l’Autre, les valeurs partagées et les leçons pratiques à tirer des événements pour les relations internationales, nationales et communautaires. Vous-même, Monsieur le Président, avez longtemps été le champion de cette cause. L’ironie du sort a voulu qu’alors que le monde est confronté à une vague de terrorisme nous célébrions en 2001 l’Année des Nations Unies pour le dialogue entre les civilisations. L’Unesco avait pris la direction de l’organisation des manifestations et du lancement des activités, comme la Table ronde présidentielle de New York, les conférences de Tachkent, Vilnius, Tokyo et Kyoto et de nombreuses autres réunions importantes dans le monde. Ainsi que je l’ai annoncé, je poursuivrai le projet de convoquer, au plus haut niveau politique, une conférence qui permettra de faire le point des réalisations et des enseignements de l’année 2001 et tracera la voie des efforts à long terme, que déploiera en particulier l’Unesco, pour concrétiser et alimenter un dialogue ouvert.

A cet égard, le débat a fait ressortir les problèmes éthiques et la question des valeurs généralement partagées comme des dimensions essentielles de l’action de l’Unesco. Je l’ai déjà mentionné et, à n’en pas douter, ce sont là des aspects capitaux de la mission de l’Organisation dans tous ses domaines de compétence ; d’où l’opportunité de l’importance accordée au cours du débat au rôle de l’Unesco dans l’éthique de réduction de la pauvreté, l’éthique de la science et de la technologie en général, la bioéthique, l’éthique et l’éducation, l’infoéthique — ainsi qu’à leurs liens réciproques.

Les problèmes éthiques en effet ne préoccupent pas seulement les gouvernements et les experts. La société civile dans son ensemble s’en soucie fort elle aussi et s’interroge de plus en plus sur l’évolution scientifique et technique d’un point de vue moral et éthique, en soulignant l’écart ténu entre le possible et l’acceptable. L’Unesco aura deux fonctions : d’une part jouer le rôle du forum intellectuel et politique, de l’autre établir des instruments normatifs. Les solutions universelles devront peut-être s’harmoniser avec les démarches régionales, dans la mesure où nous cherchons à équilibrer mondialisation et diversité dans la sphère éthique également.

L’appui unanime que vous avez apporté à ma proposition visant à faire de l’éthique de la science et de la technologie la priorité principale du grand programme III pour le Secteur des sciences sociales et humaines au cours du prochain exercice biennal est particulièrement encourageant. De même, la Table ronde des ministres de la science sur la bioéthique, à laquelle ont participé une cinquantaine de ministres, est un signe fort de la capacité qu’a l’Unesco de faire face aux problèmes essentiels de notre temps. Je suis convaincu que l’Unesco de par son expérience et son savoir-faire est dans une position unique pour continuer de jouer le rôle de chef de file dans ce domaine, comme elle l’a fait depuis tant d’années. Il importe d’éviter la création de nouveaux organes. Parallèlement, nous devons renforcer et consolider la coordination interinstitutions dans le domaine de la bioéthique qui ne cesse d’évoluer et encourager d’autres organismes à participer et contribuer à l’action suivant leurs compétences respectives.

Voici 40 ans, Jawaharlal Nehru disait de l’Unesco qu’elle était “la conscience morale de l’humanité”. Peut-être est-ce là un trop beau compliment. Quoi qu’il en soit, nous devons nous efforcer aussi concrètement que possible de ne pas trahir cette attente ; par exemple, en nous attachant à promouvoir un cadre normatif dans le domaine de la bioéthique et d’autres encore. Le Secrétariat est prêt, en faisant appel aux compétences diverses des différents secteurs, à aider les gouvernements à faire face aux problèmes éthiques et à leur complexité.

Dans le domaine normatif, de nombreuses délégations ont rendu hommage aux réalisations de l’Organisation dans l’action novatrice qu’elle a menée jusqu’ici pour créer des règles et des instruments internationaux concernant le patrimoine subaquatique, le patrimoine immatériel, la diversité culturelle (comme je viens de le dire), la bioéthique, le cyberespace et le multilinguisme. Ces objectifs sont la concrétisation directe de ce qui a été défini comme l’un des trois axes stratégiques autour desquels la mission de l’Organisation doit s’ordonner. C’est l’une des raisons d’être de l’Unesco et nous chercherons à renforcer notre appui aux gouvernements dans ce domaine. En ce qui concerne le patrimoine immatriel, j’ai soigneusement pris note de vos avis sur ce qu’il restait à faire, et nous nous attacherons donc à apporter au concept les précisions nécessaires comme condition de toute action normative.

Je constate avec satisfaction que vous avez été nombreux à fermement articuler les objectifs de l’éducation avec ceux de l’élimination de la pauvreté. L’élimination de la pauvreté est un devoir éthique impératif, tout autant qu’un défi que nous devons relever chaque jour dans notre action en faveur de l’éducation de base. Bon nombre d’entre vous ont longuement parlé de l’éducation pour tous (EPT). L’Unesco a fait siens et pleinement intégré dans sa Stratégie à moyen terme les six engagements convenus lors du Forum mondial de Dakar sur l’éducation. Nous sommes prêts à aider les pays dans le domaine de l’éducation formelle et non formelle, nous sommes prêts à appuyer les efforts déployés pour améliorer la qualité de l’éducation, nous sommes prêts à montrer l’exemple en encourageant le recours à l’éducation préventive pour lutter contre le VIH/Sida, nous sommes prêts à stimuler la réforme des systèmes éducatifs, nous sommes prêts à faire de l’Observatoire de l’EPT un acteur incontournable pour la formulation de politiques pragmatiques et, comme nous l’avons déjà démontré, nous sommes prêts à rassembler tous les partenaires du mouvement de l’EPT afin de faciliter l’élaboration de plans nationaux d’EPT et de mobiliser les ressources requises.

La réalisation des objectifs de l’EPT est une tâche extrêmement ambitieuse et complexe, ce que de nombreuses délégations ont reconnu dans leurs interventions. Ce dont l’Unesco a besoin, quant à elle, c’est d’un soutien plus important et généreux de la part de la communauté internationale qui lui permette de répondre pleinement à vos attentes. Ce n’est pas tant aux ressources extrabudgétaires auxquelles je songe à cet égard, même si celles-ci seront assurément nécessaires. Je voudrais surtout inviter les pays en mesure de le faire à nous fournir des ressources humaines, pour une période de temps limitée ou pour des régions ou des problèmes spécifiques. Il est possible de le faire en détachant des experts ou en recourant à d’autres modalités. Je souhaiterais en particulier qu’un plus grand nombre d’experts et de compétences provenant de pays en développement soient associés à cet exercice global et y participent.

Dans le passé, afin de mettre en lumière les problèmes particuliers qui affectent certains groupes ou régions défavorisés, notamment l’Afrique, les pays les moins avancés (PMA), les femmes et les filles et les jeunes, l’Unesco a pris des dispositions institutionnelles spéciales. Il est impératif aujourd’hui de véritablement intégrer ces activités spéciales dans les grands secteurs de l’action de l’Unesco, pour aboutir à des mesures efficaces et positives. Il est clair que les problèmes n’ont pas disparu ou perdu de leur gravité ; ils vont plutôt en empirant dans de nombreuses régions du monde. Au fur et à mesure que l’économie mondiale glissera vers la récession, la condition de nombreux pays en développement, ainsi que des communautés et des individus qui les composent, ira en s’aggravant. J’insiste à nouveau sur le fait que, par le biais de l’ensemble de ses programmes, l’Unesco intégrera dans ses activités des projets concrets visant à répondre aux besoins de l’Afrique et des PMA, en respectant intégralement les priorités fixées par les dirigeants de ces pays. A ce propos, j’ai le plaisir de vous informer que les 8 et 9 novembre 2001, l’Unesco a organisé à Paris un séminaire international traitant des approches prospectives et des stratégies en faveur du développement de l’Afrique au XXIè siècle. J’espère que vous participerez activement à cette manifestation importante.

Il en va de même en ce qui concerne la poursuite des objectifs touchant l’égalité entre les femmes et les hommes. Pendant le débat, j’ai constaté à cet égard que l’accent était mis en particulier sur la nécessité de garantir aux filles et aux femmes l’accès à une éducation de qualité à tous les niveaux, y compris dans le domaine scientifique. Nous nous attacherons bien sûr à apporter une réponse à ces questions. De même, nous traduirons dans nos programmes et nos activités l’intérêt toujours constant que nous portons aux jeunes. La tenue du Forum des jeunes lors de la présente session de la Conférence Générale témoigne de cet intérêt. J’y reviendrai plus tard.

J’ai mentionné précédemment l’importance considérable accordée à la sécurité humaine. C’est en fait un des objectifs stratégiques de la Stratégie à moyen terme. Nous pouvons et nous devons faire plus pour répondre aux besoins criants des sociétés les plus vulnérables et des couches les plus vulnérables de ces sociétés. Cela s’applique assurément àceux qui vivent en situation d’extrême pauvreté et également à ceux qui sont victimes d’exclusion, de discrimination et de marginalisation. Nous devons approfondir et élargir notre connaissance de l’insécurité et de la vulnérabilité humaines et de la manière dont ces deux notions sont associées à diverses formes de sujétion, par exemple par la dégradation ou la destruction de l’univers culturel d’un peuple qu’incarnent des connaissances, des langues, des coutumes et des valeurs, ainsi que des modes de subsistance locaux et autochtones. La manière dont l’Unesco traite la question de la sécurité humaine doit également être considérée dans le cadre des accords conclus lors de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée.

Pour optimiser nos avantages comparatifs, notre action en faveur de la sécurité humaine doit s’exercer sur plusieurs plans. Elle doit également être étroitement liée à nos diverses activités visant à promouvoir le développement durable, en particulier dans le cadre des préparatifs de la Conférence Rio + 10 sur le développement durable qui doit se tenir à Johannesburg l’année prochaine. Les fonctions dont s’acquittent avec efficacité les cinq comités scientifiques intergouvernementaux et internationaux offriront une base solide pour la contribution de l’Unesco aux activités en faveur du développement durable. Ma propostion de faire des ressources en eau et des écosystèmes la priorité principale du Secteur des sciences exactes et naturelles pour les deux prochaines années renforcera les compétences offertes par l’Unesco et contribuera de façon constructive à la mobilisation internationale qui aboutira à la Conférence de Johannesburg. Une bonne gouvernance, le respect des droits de l’homme, le pluralisme et la démocratie, ainsi que le renouvellement de l’engagement de l’Organisation à l’égard de la société civile, sont autant d’autres questions fondamentales pour l’avenir qui s’inscriront également dans le cadre de la prévention des conflits et de la promotion de la stabilité sociale.

Le délégué du Libéria, usant d’une belle métaphore, a qualifié l’Unesco de source prodigieuse de connaissance et d’apprentissage. La Stratégie à moyen terme concernant le deuxième thème transversal permettra de puiser dans cette source. Si l’Unesco veut mener à bien sa mission de courtier du savoir à l’échelle mondiale et d’instrument d’autonomisation, elle doit contribuer à mettre les technologies de l’information et de la communication au service de l’éducation, de la science et de la culture ainsi que de la construction d’une société du savoir.

A cet égard, je partage l’avis des orateurs qui ont fait observer que nous devrions éviter de nous laisser égarer par les possibilités spectaculaires qu’offrent les technologies de pointe. Je vois plutôt l’Unesco comme un pionnier et un intermédiaire s’employant à tisser des liens entre les médias et les technologies classiques, comme la radio et la télévision, et les outils techniquement plus exigeants —et plus coûteux— comme l’Internet. Nous avons déjà démontré les possibilités offertes par cette association dans le cadre des centres communautaires de Kothmale au Sri Lanka et de Tombouctou au Mali. La consolidation et le développement du rôle de l’Unesco dans l’enseignement à distance, en particulier dans le cadre de méthodes éducatives non formelles, ouvrent un autre créneau que nous sommes en mesure d’occuper en menant des activités intersectorielles s’appuyant sur l’expertise dont disposent le Secteur de l’éducation et le Secteur de la communication et de l’information. De nombreuses délégations ont souligné à juste titre que l’abîme technologique entre les nantis et les démunis se creusait chaque jour davantage. Ils nous demandent de faire la preuve de notre détermination et de notre hardiesse en adoptant des mesures et des projets plus concrets et en consacrant moins de temps aux discussions ou à l’élaboration d’un autre programme d’action qui ne sera peut-être jamais mis en œuvre.

A ce propos, il convient de noter à quel point les délibérations du Forum des jeunes se sont concentrées sur la question de la fracture numérique, et sur d’autres thèmes et enjeux essentiels. J’ai été très heureux de voir qu’avec un minimum de ressources, nous avons été en mesure d’organiser ce forum, et je me suis encore plus réjoui de constater combien les recommandations de ce forum sont pertinentes. Permettez-moi de mettre en exergue trois d’entre elles, parce qu’elles sont très en rapport avec l’ordre du jour de la présente Conférence Générale. En premier lieu, s’agissant de la pauvreté, les délégués de la jeunesse ont proposé “une nouvelle conception de la mondialisation, qui donnerait aux personnes la priorité sur les valeurs matérielles” et ils ont insisté sur le fait que “la pauvreté constitue un déni des droits de l’homme fondamentaux”. Ils ont préconisé des mesures concrètes mais se sont aussi proposés eux-mêmes en tant que ressource, en insistant sur le fait que l’éducation par les pairs et l’éducation non formelle de manière générale sont essentielles pour parvenir aux objectifs de développement. En deuxième lieu, s’agissant du rôle des technologies de l’information et de la communication, le Forum des jeunes a souligné “qu’il est vital d’utiliser les technologies appropriées et que les projets de TCI ne doivent pas se limiter à l’Internet”. Les médias classiques demeureront des instruments importants pour diffuser l’information et l’Unesco devrait soutenir la formation et la mise en réseaux de stations de radiodiffusion pour les jeunes, et aider à créer des télécentres. En troisième lieu, dans la “Déclaration des jeunes sur le terrorisme et la guerre”, les délégués au forum ont exprimé leur souhait “d’édifier un avenir fondé sur l’éducation pour tous, une culture de la paix, la coopération scientifique, le respect de la diversité culturelle et l’appel à un dialogue permanent entre cultures et civilisations”.

Nous devrions tous être fiers d’avoir rendu possible ce lieu d’échange et de dialogue, et de recherche de solutions. Je voudrais féliciter tous les participants, organisteurs et parrains de cette brillante manifestation, pour leur dévouement et la qualité de leurs délibérations. J’espère que nous pourrons organiser un tel forum de nouveau à l’avenir.

Comme nous le faisons pour la jeunesse, nous devons également aller vers tous nos autres soutiens et partenaires. L’Unesco n’a nullement l’intention d’essayer de tout faire seule. Il nous faut collaborer avec d’autres éléments de la communauté, dont certains sont depuis longtemps nos partenaires et d’autres depuis moins longtemps. Un partenariat existe de longue date, bien entendu, avec les commissions nationales, qui sont l’un des principaux piliers de l’Unesco ; nombreux sont les orateurs qui ont insisté sur la nécessité de renforcer ce partenariat. Comme vous le savez, avant la présente Conférence Générale, j’avais pris l’initiative d’écrire à tous les Etats membres pour leur faire part de mon souci de voir les commissions nationales disposer des ressources et de la reconnaissance voulues pour faciliter le rôle important qu’elles jouent dans l’ensemble de l’infrastructure constitutionnelle de l’Organisation. Je peux vous assurer que je poursuivrai ce dialogue avec nos commissions nationales et que j’étudierai les meilleurs moyens de les soutenir. Trouvons ensemble les moyens novateurs de renforcer les commissions nationales par un appui en matière de renforcement des capacités et d’exécution des programmes. Tous les bureaux hors Siège de l’Unesco sont chargés, pour leur part, de travailler en étroite collaboration avec les commissions nationales à la réalisation de ces objectifs.

Si nous voulons vraiment élargir notre audience et développer la gamme de nos partenariats, nous devons aussi renforcer nos relations avec la société civile et les éléments qui la constituent. L’EPT en est une bonne illustration, car il faut manifestement développer une nouvelle culture du dialogue sur les politiques qui pousse la société civile à entretenir des contacts réguliers avec le gouvernement, le secteur privé et la communauté internationale. L’Unesco peut faciliter cet échange en poursuivant son dialogue constructif et approfondi avec les organisations non gouvernementales partenaires et les autres représentants de la société civile. J’ai été particulièrement touché par la déclaration de soutien à mes propositions dans ce domaine de la part du Président de la Conférence internationale des organisations non gouvernementales.

En conclusion, je voudrais à nouveau remercier toutes les délégations de cet extraordinaire foisonnement de déclarations sincères et constuctives. Vous êtes l’Unesco et le Secrétariat répondra du mieux que possible à vos aspirations, suggestions et décisions. En tant que Directeur Général, je vous promets que, au cours des deux années avant la prochaine session de la Conférence Générale, le Secrétariat s’efforcera de répondre à vos aspirations et de le faire de manière attentive, responsable et transparente.

Peut-être me permettrez-vous de conclure par une remarque personnelle, qui fait écho à l’espoir exprimé par nombre d’entre vous. Il existe dans cette salle un consensus au sujet de la pertinence et de la crédibilité renouvelées de cette Organisation et nous sommes tous convaincus que les récents événements des Etats-Unis font que cette pertinence a acquis encore plus de relief. Cela m’entraîne à une troisième remarque : la communauté internationale a plus que jamais besoin d’une Unesco dont tous les Etats seraient membres si on veut qu’elle s’acquitte pleinement de sa mission. Espérons que toutes les nations et toutes les parties prenantes de l’Unesco se rallieront activement à nos efforts pour construire cette nouvelle Unesco.