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Monsieur le Président
de la Conférence Générale,
Madame la Présidente
du Conseil Exécutif,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Ces dix derniers jours ont été pour moi des moments très
intenses. Trois chefs dÉtat, plus de 120 ministres, 15 organisations
non gouvernementales, trois organisations intergouvernementales, quelque
180 orateurs au total ont participé au débat de politique
générale de cette 31è session de la Conférence
Générale.
Je voudrais avant tout vous dire ma profonde reconnaissance. Reconnaissance
pour avoir nourri et stimulé un débat dune telle richesse,
qui a placé léthique, dans son sens le plus large,
au premier plan de vos préoccupations. Éducation pour tous,
gestion des ressources en eau douce, éthique des sciences et des
technologies, diversité culturelle, dialogue des civilisations,
accès équitable à linformation : ce sont là
des préoccupations essentiellement éthiques. Vous avez reconnu
en elles les grands défis que lUnesco doit relever. Une chose
ma frappé après vous avoir tous écoutés
: au-delà de ces préoccupations, il est un impératif
supérieur, qui constitue à la fois le défi éthique
le plus urgent tout autant que la condition préalable à
linstauration dune mondialisation à visage humain :
cest lélimination de la pauvreté.
Comme la dit si justement le Président Obasanjo, la pauvreté
ne peut être appréhendée seulement en termes monétaires
ni même économiques. Cest un phénomène
beaucoup plus complexe. Beaucoup dentre vous ont souligné
le besoin de renforcer le plaidoyer éthique de la lutte contre
la pauvreté, et dapprofondir la réflexion sur les
liens entre pauvreté et diversité. Plus généralement,
vous avez tous souligné la nécessité dobtenir
des résultats tangibles et rapides sur ce front. Il y va de la
crédibilité du système des Nations Unies dans son
ensemble. Ce qui nous impose un effort concerté, avec les institutions
du système des Nations Unies et nos autres partenaires, pour développer
des programmes de sensibilisation, de mobilisation et dactions concrètes.
A défaut davancées significatives dans ce combat auquel
lensemble de la communauté internationale doit sassocier,
les objectifs qui nous sont propres apprendre à vivre ensemble,
promouvoir la diversité culturelle, encourager le dialogue des
cultures, introduire léthique au cur de la recherche
scientifique et de la gestion des ressources naturelles tous ces
objectifs, dont vous avez souligné limportance et lactualité,
auront peu de chances daboutir. La haine, lintolérance,
la violence et le fanatisme trouveront toujours des alibis et des prétextes
pour se développer. La réduction de la pauvreté est
un impératif éthique et politique, qui est au cur
du concept de sécurité humaine. Cest pour moi également
un défi personnel, pour lequel jentends mobiliser lensemble
des forces de lOrganisation, au Siège et hors Siège,
dans les années à venir.

Apprendre
à vivre ensemble
dans la
diversité culturelle
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Lune des premières conclusions que je tire
de ce débat est la confiance que vous placez en lUnesco en
tant que forum multilatéral et acteur incontournable dans la conjoncture
internationale actuelle. Vous lavez tous souligné : lagenda
de lUnesco a soudainement été placé au plus
haut de lagenda international. Cest un défi pour notre
Organisation, qui na sans doute plus à prouver sa pertinence,
mais qui devra démontrer sa capacité de répondre
efficacement et rapidement aux attentes quon place en elle.
Vous avez été nombreux à considérer que les
propositions contenues dans la Stratégie à moyen terme constituaient
un cadre stratégique approprié pour relever ces défis.
Cest ma deuxième conclusion, et je men félicite.
Je me félicite tout particulièrement que les cinq priorités
que jai retenues pour le prochain exercice biennal aient rencontré
une très large adhésion.
Une fois ce renouvellement programmatique effectué, il nous faudra
désormais nous concentrer sur la qualité de lexécution,
sur lobtention de résultats. Il nous faudra consolider et
renouveler nos partenariats, rechercher lexcellence et privilégier
la transparence. Nous devons être plus efficaces dans la dissémination
de notre message et de nos réalisations et ainsi améliorer
notre visibilité. Il nous faudra également poursuivre leffort
de concentration, qui na été quamorcé,
jen suis bien conscient. Il est vrai que les nombreuses attentes
qui ont été exprimées à légard
de lUnesco lors de ce débat de politique générale,
même si elles constituent, en elles-mêmes, une motion de confiance
pour notre Organisation, ne vont pas dans le sens de la concentration.
Cest donc un effort collectif que nous devrons poursuivre ensemble,
avec réalisme et détermination.
Jai noté avec satisfaction que de nombreuses délégations,
en plénière ou au sein de la Commission administrative,
ont souligné quun budget à croissance nominale zéro
était un obstacle majeur pour laccomplissement effectif de
notre mission. La croissance nominale zéro ne devrait en aucun
cas être érigée en dogme absolu, et jespère
bien que cette confiance que vous avez manifestée envers la nouvelle
Unesco saura trouver sa traduction budgétaire dans les années
à venir.
Certes, les ressources extrabudgétaires sont et continueront dêtre
une source majeure de financement permettant délargir la
portée et limpact de nos actions, en particulier au niveau
national. Permettez-moi à cette occasion dexprimer ma reconnaissance
à tous les Etats qui ont généreusement proposé
des fonds extrabudgétaires dans le passé, et dexprimer
lespoir que le niveau actuel pourra être maintenu, voire augmenté.
Mais je considère que le niveau du budget alloué à
une organisation est un critère majeur de la confiance que ses
Etats membres placent en elle, et de leur engagement vis-à-vis
dune coopération vraiment multilatérale.
Une troisième conclusion simpose : le soutien que vous avez
apporté à la réforme que jai entreprise a été,
je crois, unanime. Je suis à la fois honoré et très
encouragé par vos nombreux commentaires positifs. Bien sûr,
la réforme nest pas un événement, mais un processus.
Un processus qui devra être poursuivi avec la même énergie
dans les années qui viennent, de manière à adapter
notre Organisation aux réalités du monde actuel et à
opérer le changement culturel qui simpose.
Je suis convaincu que la décentralisation est lun des aspects
majeurs de ce processus de réforme. Réussir la décentralisation,
rapprocher nos structures, mais surtout notre action des pays eux-mêmes,
de leurs besoins réels, sera lépreuve de vérité.
Je sais que nous nen sommes quà la toute première
étape, même si celle-ci a été la plus spectaculaire,
et sans doute aussi la plus douloureuse. Beaucoup reste encore à
faire, en termes de personnel, de budget, dinfrastructures, de communication.
Il nous faudra élaborer de véritables stratégies
régionales et sous-régionales, changer la nature des relations
entre le Siège et le hors Siège. Je suis pour ma part déterminé
à réussir, et suis confiant que je pourrai faire état
de progrès substantiels à cet égard lors de la prochaine
session de notre Conférence Générale.
Monsieur le Président,
Madame la Présidente,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
permettez-moi maintenant danalyser quelques points particuliers
qui se sont dégagés du débat de politique générale.
De nombreuses délégations ont souligné le très
grand pas que nous avons fait avec la déclaration sur la diversité
culturelle. Je ne peux que vous répéter ce que jai
dit dans mon exposé introductif, à savoir que lobjectif
apprendre à vivre ensemble dans la diversité culturelle
est assurément lun des principaux qui aient été
assignés à lOrganisation, et dont les récents
événements ont fait si cruellement une priorité absolue.
A cet égard, je me félicite du large appui qua recueilli
le projet que jai proposé pour le patrimoine culturel de
la vieille ville de Jérusalem.
De nombreux orateurs ont appelé lattention sur le lien entre
le dialogue entre les civilisations et le rôle permanent de lUnesco
dans la culture de la paix. Je partage sans réserve lanalyse
selon laquelle il nest dautre solution quun processus
patient, lent et parfois laborieux dédification de la paix
dans lesprit des hommes, des femmes et des enfants. Non seulement
cest là la mission qui est inscrite dans notre Acte constitutif,
mais toute autre voie serait inaction, indifférence et défaite.
LUnesco, en sa qualité de chef de file des organismes des
Nations Unies pour la Décennie internationale de la promotion dune
culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde,
va chercher à tirer parti de la prodigieuse mobilisation mondiale
qua suscitée lAnnée internationale de la culture
de la paix. Léducation à la citoyenneté, aux
valeurs, aux droits de lhomme et bien entendu les efforts connexes
pour renforcer le dialogue entre les civilisations seront autant de dimensions
essentielles de cette entreprise que nous poursuivons.
Ce dernier domaine, le dialogue entre les civilisations et les cultures,
ne peut quêtre développé, daprès
nombre de délégations, en particulier au lendemain des attentats
terroristes contre les Etats-Unis. Les Présidents Obasanjo, Chirac
et Adamkus ont parlé avec la plus grande éloquence du lien
entre le dialogue, la diversité, le respect de lAutre, les
valeurs partagées et les leçons pratiques à tirer
des événements pour les relations internationales, nationales
et communautaires. Vous-même, Monsieur le Président, avez
longtemps été le champion de cette cause. Lironie
du sort a voulu qualors que le monde est confronté à
une vague de terrorisme nous célébrions en 2001 lAnnée
des Nations Unies pour le dialogue entre les civilisations. LUnesco
avait pris la direction de lorganisation des manifestations et du
lancement des activités, comme la Table ronde présidentielle
de New York, les conférences de Tachkent, Vilnius, Tokyo et Kyoto
et de nombreuses autres réunions importantes dans le monde. Ainsi
que je lai annoncé, je poursuivrai le projet de convoquer,
au plus haut niveau politique, une conférence qui permettra de
faire le point des réalisations et des enseignements de lannée
2001 et tracera la voie des efforts à long terme, que déploiera
en particulier lUnesco, pour concrétiser et alimenter un
dialogue ouvert.
A cet égard, le débat a fait ressortir les problèmes
éthiques et la question des valeurs généralement
partagées comme des dimensions essentielles de laction de
lUnesco. Je lai déjà mentionné et, à
nen pas douter, ce sont là des aspects capitaux de la mission
de lOrganisation dans tous ses domaines de compétence ; doù
lopportunité de limportance accordée au cours
du débat au rôle de lUnesco dans léthique
de réduction de la pauvreté, léthique de la
science et de la technologie en général, la bioéthique,
léthique et léducation, linfoéthique
ainsi quà leurs liens réciproques.
Les problèmes éthiques en effet ne préoccupent pas
seulement les gouvernements et les experts. La société civile
dans son ensemble sen soucie fort elle aussi et sinterroge
de plus en plus sur lévolution scientifique et technique
dun point de vue moral et éthique, en soulignant lécart
ténu entre le possible et lacceptable. LUnesco aura
deux fonctions : dune part jouer le rôle du forum intellectuel
et politique, de lautre établir des instruments normatifs.
Les solutions universelles devront peut-être sharmoniser avec
les démarches régionales, dans la mesure où nous
cherchons à équilibrer mondialisation et diversité
dans la sphère éthique également.
Lappui unanime que vous avez apporté à ma proposition
visant à faire de léthique de la science et de la
technologie la priorité principale du grand programme III pour
le Secteur des sciences sociales et humaines au cours du prochain exercice
biennal est particulièrement encourageant. De même, la Table
ronde des ministres de la science sur la bioéthique, à laquelle
ont participé une cinquantaine de ministres, est un signe fort
de la capacité qua lUnesco de faire face aux problèmes
essentiels de notre temps. Je suis convaincu que lUnesco de par
son expérience et son savoir-faire est dans une position unique
pour continuer de jouer le rôle de chef de file dans ce domaine,
comme elle la fait depuis tant dannées. Il importe
déviter la création de nouveaux organes. Parallèlement,
nous devons renforcer et consolider la coordination interinstitutions
dans le domaine de la bioéthique qui ne cesse dévoluer
et encourager dautres organismes à participer et contribuer
à laction suivant leurs compétences respectives.
Voici 40 ans, Jawaharlal Nehru disait de lUnesco quelle était
la conscience morale de lhumanité. Peut-être
est-ce là un trop beau compliment. Quoi quil en soit, nous
devons nous efforcer aussi concrètement que possible de ne pas
trahir cette attente ; par exemple, en nous attachant à promouvoir
un cadre normatif dans le domaine de la bioéthique et dautres
encore. Le Secrétariat est prêt, en faisant appel aux compétences
diverses des différents secteurs, à aider les gouvernements
à faire face aux problèmes éthiques et à leur
complexité.
Dans le domaine normatif, de nombreuses délégations ont
rendu hommage aux réalisations de lOrganisation dans laction
novatrice quelle a menée jusquici pour créer
des règles et des instruments internationaux concernant le patrimoine
subaquatique, le patrimoine immatériel, la diversité culturelle
(comme je viens de le dire), la bioéthique, le cyberespace et le
multilinguisme. Ces objectifs sont la concrétisation directe de
ce qui a été défini comme lun des trois axes
stratégiques autour desquels la mission de lOrganisation
doit sordonner. Cest lune des raisons dêtre
de lUnesco et nous chercherons à renforcer notre appui aux
gouvernements dans ce domaine. En ce qui concerne le patrimoine immatriel,
jai soigneusement pris note de vos avis sur ce quil restait
à faire, et nous nous attacherons donc à apporter au concept
les précisions nécessaires comme condition de toute action
normative.
Je constate avec satisfaction que vous avez été nombreux
à fermement articuler les objectifs de léducation
avec ceux de lélimination de la pauvreté. Lélimination
de la pauvreté est un devoir éthique impératif, tout
autant quun défi que nous devons relever chaque jour dans
notre action en faveur de léducation de base. Bon nombre
dentre vous ont longuement parlé de léducation
pour tous (EPT). LUnesco a fait siens et pleinement intégré
dans sa Stratégie à moyen terme les six engagements convenus
lors du Forum mondial de Dakar sur léducation. Nous sommes
prêts à aider les pays dans le domaine de léducation
formelle et non formelle, nous sommes prêts à appuyer les
efforts déployés pour améliorer la qualité
de léducation, nous sommes prêts à montrer lexemple
en encourageant le recours à léducation préventive
pour lutter contre le VIH/Sida, nous sommes prêts à stimuler
la réforme des systèmes éducatifs, nous sommes prêts
à faire de lObservatoire de lEPT un acteur incontournable
pour la formulation de politiques pragmatiques et, comme nous lavons
déjà démontré, nous sommes prêts à
rassembler tous les partenaires du mouvement de lEPT afin de faciliter
lélaboration de plans nationaux dEPT et de mobiliser
les ressources requises.
La réalisation des objectifs de lEPT est une tâche
extrêmement ambitieuse et complexe, ce que de nombreuses délégations
ont reconnu dans leurs interventions. Ce dont lUnesco a besoin,
quant à elle, cest dun soutien plus important et généreux
de la part de la communauté internationale qui lui permette de
répondre pleinement à vos attentes. Ce nest pas tant
aux ressources extrabudgétaires auxquelles je songe à cet
égard, même si celles-ci seront assurément nécessaires.
Je voudrais surtout inviter les pays en mesure de le faire à nous
fournir des ressources humaines, pour une période de temps limitée
ou pour des régions ou des problèmes spécifiques.
Il est possible de le faire en détachant des experts ou en recourant
à dautres modalités. Je souhaiterais en particulier
quun plus grand nombre dexperts et de compétences provenant
de pays en développement soient associés à cet exercice
global et y participent.
Dans le passé, afin de mettre en lumière les problèmes
particuliers qui affectent certains groupes ou régions défavorisés,
notamment lAfrique, les pays les moins avancés (PMA), les
femmes et les filles et les jeunes, lUnesco a pris des dispositions
institutionnelles spéciales. Il est impératif aujourdhui
de véritablement intégrer ces activités spéciales
dans les grands secteurs de laction de lUnesco, pour aboutir
à des mesures efficaces et positives. Il est clair que les problèmes
nont pas disparu ou perdu de leur gravité ; ils vont plutôt
en empirant dans de nombreuses régions du monde. Au fur et à
mesure que léconomie mondiale glissera vers la récession,
la condition de nombreux pays en développement, ainsi que des communautés
et des individus qui les composent, ira en saggravant. Jinsiste
à nouveau sur le fait que, par le biais de lensemble de ses
programmes, lUnesco intégrera dans ses activités des
projets concrets visant à répondre aux besoins de lAfrique
et des PMA, en respectant intégralement les priorités fixées
par les dirigeants de ces pays. A ce propos, jai le plaisir de vous
informer que les 8 et 9 novembre 2001, lUnesco a organisé
à Paris un séminaire international traitant des approches
prospectives et des stratégies en faveur du développement
de lAfrique au XXIè siècle. Jespère que
vous participerez activement à cette manifestation importante.
Il en va de même en ce qui concerne la poursuite des objectifs touchant
légalité entre les femmes et les hommes. Pendant le
débat, jai constaté à cet égard que
laccent était mis en particulier sur la nécessité
de garantir aux filles et aux femmes laccès à une
éducation de qualité à tous les niveaux, y compris
dans le domaine scientifique. Nous nous attacherons bien sûr à
apporter une réponse à ces questions. De même, nous
traduirons dans nos programmes et nos activités lintérêt
toujours constant que nous portons aux jeunes. La tenue du Forum des jeunes
lors de la présente session de la Conférence Générale
témoigne de cet intérêt. Jy reviendrai plus
tard.
Jai mentionné précédemment limportance
considérable accordée à la sécurité
humaine. Cest en fait un des objectifs stratégiques de la
Stratégie à moyen terme. Nous pouvons et nous devons faire
plus pour répondre aux besoins criants des sociétés
les plus vulnérables et des couches les plus vulnérables
de ces sociétés. Cela sapplique assurément
àceux qui vivent en situation dextrême pauvreté
et également à ceux qui sont victimes dexclusion,
de discrimination et de marginalisation. Nous devons approfondir et élargir
notre connaissance de linsécurité et de la vulnérabilité
humaines et de la manière dont ces deux notions sont associées
à diverses formes de sujétion, par exemple par la dégradation
ou la destruction de lunivers culturel dun peuple quincarnent
des connaissances, des langues, des coutumes et des valeurs, ainsi que
des modes de subsistance locaux et autochtones. La manière dont
lUnesco traite la question de la sécurité humaine
doit également être considérée dans le cadre
des accords conclus lors de la Conférence mondiale contre le racisme,
la discrimination raciale, la xénophobie et lintolérance
qui y est associée.
Pour optimiser nos avantages comparatifs, notre action en faveur de la
sécurité humaine doit sexercer sur plusieurs plans.
Elle doit également être étroitement liée à
nos diverses activités visant à promouvoir le développement
durable, en particulier dans le cadre des préparatifs de la Conférence
Rio + 10 sur le développement durable qui doit se tenir à
Johannesburg lannée prochaine. Les fonctions dont sacquittent
avec efficacité les cinq comités scientifiques intergouvernementaux
et internationaux offriront une base solide pour la contribution de lUnesco
aux activités en faveur du développement durable. Ma propostion
de faire des ressources en eau et des écosystèmes la priorité
principale du Secteur des sciences exactes et naturelles pour les deux
prochaines années renforcera les compétences offertes par
lUnesco et contribuera de façon constructive à la
mobilisation internationale qui aboutira à la Conférence
de Johannesburg. Une bonne gouvernance, le respect des droits de lhomme,
le pluralisme et la démocratie, ainsi que le renouvellement de
lengagement de lOrganisation à légard
de la société civile, sont autant dautres questions
fondamentales pour lavenir qui sinscriront également
dans le cadre de la prévention des conflits et de la promotion
de la stabilité sociale.
Le délégué du Libéria, usant dune belle
métaphore, a qualifié lUnesco de source prodigieuse
de connaissance et dapprentissage. La Stratégie à
moyen terme concernant le deuxième thème transversal permettra
de puiser dans cette source. Si lUnesco veut mener à bien
sa mission de courtier du savoir à léchelle mondiale
et dinstrument dautonomisation, elle doit contribuer à
mettre les technologies de linformation et de la communication au
service de léducation, de la science et de la culture ainsi
que de la construction dune société du savoir.
A cet égard, je partage lavis des orateurs qui ont fait observer
que nous devrions éviter de nous laisser égarer par les
possibilités spectaculaires quoffrent les technologies de
pointe. Je vois plutôt lUnesco comme un pionnier et un intermédiaire
semployant à tisser des liens entre les médias et
les technologies classiques, comme la radio et la télévision,
et les outils techniquement plus exigeants et plus coûteux
comme lInternet. Nous avons déjà démontré
les possibilités offertes par cette association dans le cadre des
centres communautaires de Kothmale au Sri Lanka et de Tombouctou au Mali.
La consolidation et le développement du rôle de lUnesco
dans lenseignement à distance, en particulier dans le cadre
de méthodes éducatives non formelles, ouvrent un autre créneau
que nous sommes en mesure doccuper en menant des activités
intersectorielles sappuyant sur lexpertise dont disposent
le Secteur de léducation et le Secteur de la communication
et de linformation. De nombreuses délégations ont
souligné à juste titre que labîme technologique
entre les nantis et les démunis se creusait chaque jour davantage.
Ils nous demandent de faire la preuve de notre détermination et
de notre hardiesse en adoptant des mesures et des projets plus concrets
et en consacrant moins de temps aux discussions ou à lélaboration
dun autre programme daction qui ne sera peut-être jamais
mis en uvre.
A ce propos, il convient de noter à quel point les délibérations
du Forum des jeunes se sont concentrées sur la question de la fracture
numérique, et sur dautres thèmes et enjeux essentiels.
Jai été très heureux de voir quavec un
minimum de ressources, nous avons été en mesure dorganiser
ce forum, et je me suis encore plus réjoui de constater combien
les recommandations de ce forum sont pertinentes. Permettez-moi de mettre
en exergue trois dentre elles, parce quelles sont très
en rapport avec lordre du jour de la présente Conférence
Générale. En premier lieu, sagissant de la pauvreté,
les délégués de la jeunesse ont proposé une
nouvelle conception de la mondialisation, qui donnerait aux personnes
la priorité sur les valeurs matérielles et ils ont
insisté sur le fait que la pauvreté constitue un déni
des droits de lhomme fondamentaux. Ils ont préconisé
des mesures concrètes mais se sont aussi proposés eux-mêmes
en tant que ressource, en insistant sur le fait que léducation
par les pairs et léducation non formelle de manière
générale sont essentielles pour parvenir aux objectifs de
développement. En deuxième lieu, sagissant du rôle
des technologies de linformation et de la communication, le Forum
des jeunes a souligné quil est vital dutiliser
les technologies appropriées et que les projets de TCI ne doivent
pas se limiter à lInternet. Les médias classiques
demeureront des instruments importants pour diffuser linformation
et lUnesco devrait soutenir la formation et la mise en réseaux
de stations de radiodiffusion pour les jeunes, et aider à créer
des télécentres. En troisième lieu, dans la Déclaration
des jeunes sur le terrorisme et la guerre, les délégués
au forum ont exprimé leur souhait dédifier un
avenir fondé sur léducation pour tous, une culture
de la paix, la coopération scientifique, le respect de la diversité
culturelle et lappel à un dialogue permanent entre cultures
et civilisations.
Nous devrions tous être fiers davoir rendu possible ce lieu
déchange et de dialogue, et de recherche de solutions. Je
voudrais féliciter tous les participants, organisteurs et parrains
de cette brillante manifestation, pour leur dévouement et la qualité
de leurs délibérations. Jespère que nous pourrons
organiser un tel forum de nouveau à lavenir.
Comme nous le faisons pour la jeunesse, nous devons également aller
vers tous nos autres soutiens et partenaires. LUnesco na nullement
lintention dessayer de tout faire seule. Il nous faut collaborer
avec dautres éléments de la communauté, dont
certains sont depuis longtemps nos partenaires et dautres depuis
moins longtemps. Un partenariat existe de longue date, bien entendu, avec
les commissions nationales, qui sont lun des principaux piliers
de lUnesco ; nombreux sont les orateurs qui ont insisté sur
la nécessité de renforcer ce partenariat. Comme vous le
savez, avant la présente Conférence Générale,
javais pris linitiative décrire à tous
les Etats membres pour leur faire part de mon souci de voir les commissions
nationales disposer des ressources et de la reconnaissance voulues pour
faciliter le rôle important quelles jouent dans lensemble
de linfrastructure constitutionnelle de lOrganisation. Je
peux vous assurer que je poursuivrai ce dialogue avec nos commissions
nationales et que jétudierai les meilleurs moyens de les
soutenir. Trouvons ensemble les moyens novateurs de renforcer les commissions
nationales par un appui en matière de renforcement des capacités
et dexécution des programmes. Tous les bureaux hors Siège
de lUnesco sont chargés, pour leur part, de travailler en
étroite collaboration avec les commissions nationales à
la réalisation de ces objectifs.
Si nous voulons vraiment élargir notre audience et développer
la gamme de nos partenariats, nous devons aussi renforcer nos relations
avec la société civile et les éléments qui
la constituent. LEPT en est une bonne illustration, car il faut
manifestement développer une nouvelle culture du dialogue sur les
politiques qui pousse la société civile à entretenir
des contacts réguliers avec le gouvernement, le secteur privé
et la communauté internationale. LUnesco peut faciliter cet
échange en poursuivant son dialogue constructif et approfondi avec
les organisations non gouvernementales partenaires et les autres représentants
de la société civile. Jai été particulièrement
touché par la déclaration de soutien à mes propositions
dans ce domaine de la part du Président de la Conférence
internationale des organisations non gouvernementales.
En conclusion, je voudrais à nouveau remercier toutes les délégations
de cet extraordinaire foisonnement de déclarations sincères
et constuctives. Vous êtes lUnesco et le Secrétariat
répondra du mieux que possible à vos aspirations, suggestions
et décisions. En tant que Directeur Général, je vous
promets que, au cours des deux années avant la prochaine session
de la Conférence Générale, le Secrétariat
sefforcera de répondre à vos aspirations et de le
faire de manière attentive, responsable et transparente.
Peut-être me permettrez-vous de conclure par une remarque personnelle,
qui fait écho à lespoir exprimé par nombre
dentre vous. Il existe dans cette salle un consensus au sujet de
la pertinence et de la crédibilité renouvelées de
cette Organisation et nous sommes tous convaincus que les récents
événements des Etats-Unis font que cette pertinence a acquis
encore plus de relief. Cela mentraîne à une troisième
remarque : la communauté internationale a plus que jamais besoin
dune Unesco dont tous les Etats seraient membres si on veut quelle
sacquitte pleinement de sa mission. Espérons que toutes les
nations et toutes les parties prenantes de lUnesco se rallieront
activement à nos efforts pour construire cette nouvelle Unesco.
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