Kigali - Rwanda

— 20-22 mai 2001 —

Declaration



 

La Déclaration du Sommet de Kigali a été l’un des moments forts de cet événement africain.
Par cette déclaration, les Premières Dames ont pris un engagement solennel et collectif à enclencher solidairement des actions, au niveau national et international, visant à protéger et impliquer les femmes et les enfants dans la lutte contre le SIDA.

Nous, les Premières Dames de l’Afrique Sub-Saharienne, rassemblées à Kigali, Rwanda, du 20 au 22 mai 2001, à l’invitation de la Première Dame de la République Rwandaise, Madame Jeannette Kagame, pour délibérer, partager les expériences et proposer des actions et stratégies concrètes relatives aux enfants et la prévention du VIH/SIDA sur notre continent,

1. Avons une conscience aiguë de l’indicible calamité, que le fléau du VIH/SIDA inflige aux peuples
d’Afrique en particulier et du monde en général. Le SIDA affecte toutes les communautés humaines aujourd’hui, mais l’Afrique Sub-Saharienne en est certainement plus frappée que toute autre communauté. Le SIDA menace tout le monde, il est vrai, mais surtout les femmes et les enfants. Au regard de cette pandémie, la vulnérabilité disproportionnée des femmes et des enfants suscite des questions vitales quant à l’efficacité des interventions existantes ;

2. Reconnaissons que les jeunes et les enfants sont non seulement vulnérables à l’infection du VIH/SIDA,
mais aussi supportent les conséquences et l’impact de cette pandémie pour le reste de leur vie ;

3. Sommes profondément concernées par le fait que beaucoup de pays africains sont engagés dans des
conflits armés qui détruisent l’infrastructure sociale et sont la cause des déplacements, et infligent aux enfants des traumatismes physiques et psychologiques qui augmentent leur vulnérabilité au VIH et aux autres maladies ;

4. Sommes convaincues que chaque gouvernement et la communauté internationale doivent de concert
s’engager activement à impliquer davantage les femmes et les enfants dans la lutte contre le VIH/SIDA.
Le coût de notre complaisance dans le combat de cette pandémie est l’avenir même de nos enfants ;

5. Reconnaissons les progrès réalisés et les résultats atteints grâce aux différentes conférences tenues sur
le continent africain. Rappelons pour mémoire le Forum Africain de Développement 2000 à Addis-Abbéba, le Sommet des Premières Dames Africaines sur le VIH/SIDA à Yaoundé, le Sommet de Lomé et le Sommet des Chefs d’Etat Africains d’Abuja sur le VIH/SIDA, la Tuberculose et d’autres maladies infectieuses y apparentées. Toutes ces activités démontrent à suffisance la volonté réelle des leaders africains à affronter les énormes défis inhérents à cette catastrophe. Ce Sommet se propose d’identifier, sur base des réalisations antérieures, des actions stratégiques et des mécanismes de coordination et d’évaluation qui devront être mis en place dans les prochains mois ;

6. Reconnaissons que ce Sommet constitue par ailleurs une occasion exceptionnelle de mettre en évidence la contribution particulière du leadership politique des femmes africaines dans la lutte contre la pandémie du VIH/SIDA. Il est de notre responsabilité, en tant que mères de nos nations, de répondre aux appels des plus nécessiteux de nos sœurs et de nos enfants.
Dès lors, nous les Premières Dames, nous engageons personnellement à la lutte contre le VIH/SIDA.
Peut-être plus que toute autre tranche de la société africaine, nous sommes les mieux placées pour garantir que l’injuste fardeau du VIH/SIDA qui hypothèque dangereusement la vie des femmes et des enfants, devienne une préoccupation de premier ordre dans le concert des nations du monde. Nous nous engageons à mobiliser les ressources nécessaires pour cette action ;

7. Reconnaissons que nous, les Premières Dames, pouvons jouer un rôle crucial, en faisant participer les
femmes et les enfants, en mettant un accent particulier sur les filles, à la lutte contre le VIH/SIDA au sein de leurs communautés ;

8. Venons d’identifier les domaines d’intervention où nous, en tant que mères et leaders, aurons à jouer un rôle-clé dans la lutte contre le fléau du VIH/SIDA dans nos pays et notre continent. Dans l’esprit de collaboration qui caractérise ce genre d’activités, nous en appelons à nos partenaires, pour qu’ils appuient nos efforts, de manière à nous permettre de convertir nos vœux en réalité. Nous voudrions, en outre, rappeler aux hommes de notre continent qu’ils ont aussi une grande responsabilité dans ce terrible fléau, et que leur contribution à ce combat doit se faire en partenariat avec les femmes et les enfants.

Nous nous engageons à prendre la responsabilité d’entreprendre ce qui suit :

A. Prévention du VIH/SIDA chez les jeunes et les femmes
1. Plaider avec les gouvernements concernés pour donner priorité aux politiques et institutions devant
juguler l’impact de la pandémie sur les enfants, les jeunes et les femmes ;

2. Promouvoir un partenariat accru avec les hommes pour combattre les insidieuses attitudes et pratiques
incrustées dans les mœurs, qui facilitent la propagation du VIH/SIDA au sein de nos communautés ;

3. Appuyer les interventions qui facilitent l’adoption des pratiques sexuelles plus sûres et développent une
éducation à la vie psychosociale au sein de la jeunesse ;

4. Jouer un rôle de leadership dans la mobilisation des femmes de nos pays en vue d’accorder une importance de tout premier plan aux défis pesant sur les femmes et les filles ;

5. Encourager le dialogue sur d’importants facteurs sociaux et culturels qui ont jusqu’ici contribué à
augmenter la vulnérabilité des enfants et des femmes au VIH/SIDA ;

6. Identifier et appuyer des initiatives efficaces de la base, qui ciblent et impliquent les femmes et les enfants dans la mise au point des interventions centrées sur la communauté, en matière de protection, de soins et d’appui ;

7. Promouvoir le droit de tous, y compris les enfants et les jeunes, de participer aux interventions qui
affectent leur vie ;

8. Jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre la discrimination des personnes vivant avec le VIH/SIDA.

B. Prévention de la transmission Mère-Enfant

1. Plaider, dans nos pays respectifs, pour que toutes les femmes enceintes aient le droit et l’accès aux soins
prénataux, au test volontaire de dépistage du VIH ainsi qu’au counseilling ;
Les femmes enceintes qui sont séropositives doivent avoir accès aux antirétroviraux pour prévenir la transmission du VIH de la mère à l’enfant ;

2. Promouvoir la création des services de santé reproductive, l’amélioration de la santé maternelle et les
pratiques nutritionnelles en vue de garantir une maternité saine et une réduction de l’infection du VIH/SIDA ;

3. Plaider pour un accès accru au traitement des maladies opportunistes, aux antirétroviraux pour les enfants et les femmes infectés ;

4. Plaider pour les soins de toute la famille et l’appui aux programmes qui procurent à domicile et dans les
communautés les soins, les traitements ainsi que d’autres services tels que la nutrition, le micro-crédit et les conseils sur le VIH/SIDA pour les mères séropositives, les pères et leurs enfants ;

5. Mobiliser nos communautés à combattre le stigma et la discrimination contre les personnes vivant avec le VIH/SIDA.

C. Les Enfants et le VIH en situations de conflits armés et post-conflits

1. Promouvoir la recherche de la paix et la résolution des conflits dans chacun de nos Etats ;

2. Faire des lobbies dans nos propres pays et auprès de la communauté internationale pour que le problème des enfants, du VIH et des conflits soit mis à l’ordre du jour de la Session Spéciale de juin 2001 sur le VIH/SIDA, ainsi qu’à celui de la Session Spéciale de septembre 2001 sur les enfants ;

3. Plaider dans nos pays pour qu’on exécute les principes internationaux qui accordent une portection
adéquate aux déplacés internes (les principes directeurs sur le déplacement interne), en mettant un accent particulier sur les risques potentiels encourus par les femmes et les enfants ;

4. Plaider en faveur d’un Protocole sur le VIH/SIDA qui viendra s’ajouter sur les lois protégeant les enfants en situations de conflits armés ;

5. Appuyer la décision du Tribunal Pénal International pour le Rwanda de catégoriser le viol comme un crime contre l’humanité ; encourager la ratification du traité créant le Tribunal Pénal International ;

6. Mobiliser l’appui des bailleurs de fonds dans chaque pays en vue d’appuyer les programmes consacrés
à la reconstitution des familles et aux adoptions en période de conflit et après-conflit, réduisant ainsi le nombre d’enfants gardés dans des institutions où le risque d’infection du VIH est beaucoup plus élevé. Plaider aussi pour l’assistance devant couvrir les besoins de ceux qui auront le plus souffert du conflit ;

7. Encourager une attention spéciale, là où cela est nécessaire, sur les conditions des femmes et des enfants
dans les camps de réfugiés de nos pays ;

8. Plaider pour que “l’éducation et la formation relative à la prévention du VIH/SIDA soit obligatoire pour tout personnel militaire et gardien de la paix ; le counseilling, le test volontaire et confidentiel, ainsi que les traitements devraient également être procurés. Des codes de conduite devraient être strictement appliqués moyennant une action disciplinaire, pour réduire l’incidence de la violence sexuelle”1 ;

9. Faire un plaidoyer pour mettre fin au recrutement des enfants dans l’armée, car ils sont parmi les plus
vulnérables à la violence et aux abus, et par conséquent à l’infection du VIH/SIDA ;

Cette déclaration représente pour nous, en tant que Premières Dames Africaines, un engagement collectif à enclencher solidairement, des actions visant à protéger et à impliquer les enfants et les femmes du continent dans la lutte contre le VIH/SIDA.
En conclusion, nous voudrions attirer votre attention sur ce qui suit :

• Nous demandons aux Chefs d’Etat qui assisteront à la Session Spéciale des Nations Unies sur le VIH/SIDA en juin et à celle de septembre 2001 sur les Enfants, de tenir compte de cette déclaration et des recommandations du Sommet de Kigali, et d’accorder la priorité aux questions afférant aux femmes et aux enfants.

• Nous demandons à chaque gouvernement, aux Agences des Nations Unies, aux ONG internationales, à la société civile et au secteur privé d’exécuter nos recommandations dans chaque pays, en vue de mettre sur pied des interventions plus efficaces, pratiques et intégrées, dans notre lutte contre la pandémie du VIH/SIDA.

• Nous sommes déterminées à renforcer le réseau des Premières Dames en explorant la création d’une Alliance des Premières Dames contre le SIDA, avec un cadre légal approprié, à dessein de promouvoir la solidarité, accroître les échanges d’informations et d’expériences et pour mobiliser le soutien aux actions prévues par cette Déclaration. Une telle Alliance doit coordonner ses activités avec celles des autres organisations et doit être ouverte à la participation des anciennes Premières Dames.

Kigali, République Rwandaise,
le 22 mai 2001

 

  1 - L’impact des conflits armés sur les enfants — Le Rapport Machel (1996)